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Full text of "Sommaire du procez qui est pendant au bailliage de Beauvais, entre les chanoines reguliers des abbayes de S. Acheul & de Saint Martin aux Jumeaux d'Amiens ,, demandeurs: et les sieurs doyen & chanoines de l'eglise cathedrale de ladite ville, deffendeurs, & prenant le fait & cause de deux de leurs bedeaux, nommez Pierre François & Antoine Biberel"

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3 






SOMMAIRE DU PROCEZ QUI EST PENDANT 

au Bailliage de Beauvais , entre les Chanoines Réguliers des Ab- 
bayes dcS. Acheul & de faintMarcinaux Jumeaux d'Amiens, De- 
mandeurs : Et les Sieurs Doyen & Chanoines de 1 Eglife Cathé- 
drale de ladite Ville , Défendeurs, & prenans le fait & caufe de 
deux de leurs Bedeaux , nommez Pierre François & Antoine Bi- 
bcrel. 

POur donner une idée de cette affaire dont on peut prendre une plus 
ample connoiffance par la lecture de la cinquième Requête des De- 
mandeurs , qui a été imprimée à cet effet , il e/t à propos de faire 
obferver qu'avant l'union des Abbaye* defaint Acheul & de faine 
Martin , à la Congrégation des Chanoines Réguliers de fainte Geneviève 
de Paris , les Sieurs Doyen & Chanoines de la Cathédrale d'Amiens 
^voient toute Jurifdi&ion fpirituelle fur lefdkes Abbayes , dont ils ont tel- 
lement abufé t fur tout depuis l'introduction des commandes , qu'ils les 
ont réduites à deux doigts de leur ruine totale. 

Cet abus de leur Jurifdi&ion paroit principalement dans l'ufurpation 
d'une partie des fruits des deux premières Prébendes facerdotalcs de la- 
dite Eglife appartenante aux deux Abbayes , ayant ufc dans l'occafion de 
leur autorité pour faire commettre par les Chapitres des Abbayes des 
jjerfonnes incapables de leur refifler, de la foiblefle defquelles ils ont fçû. 
profiter pour les priver de leur part des diuxibutions des nouvelles fonda- 
tians, & des autres augmentations arrivées dans la perception des droits 
de ces deux Prébendes. 

Ils ont commencé par exclure ces deux Chanoines de leurs aïFemblées, 
& lors qu'ils les y admettent , quoyquc les autres Chanoines tiennent au 
Chapitre le rang qu'ils ont dans l' Eglife , ils les font placer dans le rang 
des Vicaires en les privant de la voix au Chapitre : des Seffions capitulai- 
res , des droits Seigneuriaux qui s'y partagent & autres , dont conftam- 
inent Gerolde & Roger predecefleurs des demandeurs ont joùy , dont les 
donations defditcs deux Prébendes ne font aucune reftridion : Droits 
qui font fi cfTentiels aux Chanoines , & h importans aux Demandeurs , 
dont le bien ne fait qu'une même mafle avec celuy desautres Chanoines, 
cjue tant qu'ils en feront privez , leur revenu fera toujours expofé à fem- 
blable ufurpation , ce qui d'ailleurs cil une prétention h raifcnnable qu'el- 
le eft autorifée par les Chanoines dits Thcobaldiens , qui quoy qu'ils ne 
perçoivent à trois que le revenu dune feule Prébende , ne biffent pas 
ious trois d'affilier au Chapitre , & d'y avoir voix active & paffive. 

Les Sieurs du Chapitre ont encore donné des marques de leurs mauvai- 
fes intentions à l'égard des Abbayes , lors qu'en r6)4. l'Eglife 6c les lieux 
Réguliers de l'Abbaye de faint Martin ont été donnez » par le Roy défunt 
d'heureufe mémoire , aux Pères Celeftins d'Amiens » dont le Monaitere a 
été abbatu pour la commodité des fortifications de ladite Ville j lefdits 
Sieurs Deffendeurs alors & dans d'autres occafions fc font emparez d'une 
bonne partie de leurs titres & papiers, defquels il y a une lifte dans le 




for literal de ladite Abbaye, dont copie produite au procès. 

Lefdits Sieurs du Chapitre voulant entièrement abolir le fouvenir de Iâ 
vie commune Se régulière, qui s'obfcrvoit encore au treifiéme fiecle dans 
leur Eglifc Cathédrale , de laquelle les Chapitres des deux Abbayes font 
fortis» ont taché d'interrompre 1 étroite confraternité établie pardefaintS 
Evêques & leurs predecetfeurs entre leur Chapitre & les Chapitres des 
deux Abbayes » &. pour cet effet après quelques années d'abfence defdits 
deux Chapitres qui ont été réduits à un très- petit nombre dans le temps 
de leur reforme, pour faciliter le retabiiflement des lieux réguliers : les 
Sieurs Défendeurs ne leur ont pius voulu donner dans le Choeur de TE- 
glife Cathédrale le rang qu'ils y avoient à certains jours de Fêtes folem- 
nelles , & les jours que fe font les Proce {fions générales , lorfquc le Cler- 
gé s'aûemble , & tel rang que tiennent encore aujourd'huy au moins qua- 
tre fois l'année lefdits deux Chapitres dans la marche defdites Procef- 
fions. 

Il eft encore à propos d'obfcrver que l'ufurpation des droits & revenus 
de ces deux Prébendes par les Sieurs du Chapitre ne s' eft pas faîte tout 
d'un coup , mais que peu à peu à la faveur de leurs Statuts, qu'ils font 
comme bon leur femble : ils ont privé lefdits deux Chanoines de quel- 
qu'un de leurs droits , foie utils , foit honorifiques ; fur tout depuis la de- 
cadence de ces deux Abbayes , qu'ils ont cru hors d'état de fou tenir utt 
gros procès contr'eux. 

Cette ufurpatkm qui monte au moins à quatre ou cinq cens livres de rente i 
l'égard de chacune des deux Prébendes, étoit fupportée très impatiemment, 
par les Demandeurs qui étoient tous les jours incitez par leurs amis de fort 
mer leur demande : lorfque le Sr. S cellier de Riencourc Doyen leur prini 
cipale partie & le Sieur de faint Germain Chanoine leur en ont fourni 
l'occanon par une infultc des plus hardies , faite au Sieur de Franchie 
Vun defdits deux Chanoines le 3. Oftobre 165)6. en l'arrachant eux-mêmes 
dans l'Eglife à la vûë du Clergé & du peuple aflemblé , d'une place SC 
d'un rang, que luy , fon confrère , & leurs predeceiTeurs occupent depurs 
environ fix cens ans » laquelle infulte a été fiiivie d'une autre le onze Dé- 
cembre de ladite année 1696. par le refus que les Sieurs du Chapitre ont 
fait aux deux Chanoines , de leur donner les clefs des Chapelles, dans lef- 
quelles comme les autres Chanoines de temps immémorial ils celcbr oient 
la fainte Méfie hors de leurs femaincs. 

Quoyque les trois premières Requêtes des Demandeurs contiennent 
amplement leurs demandes , reprifes dans leur Requête de production 
du 6. Aouft 1657. & rédigées en douze articles dans leur Requête impri- 
mée du 16. May 1698. la feule expofition du fait fuffit pour leur faire ajti- 
ger lefdkes conclu fions , & pour cet effet il ne faut que faire obferver , 
qu'anciennement il y avoit quarante Chanoines Prebendez dans l'Eglife 
Cathédrale d'Amiens , que Gerolde & Roger qui fe font démis de leurs 
Prébendes en faveur des Demandeurs étoient de ce nombre } Que fur la 
demiuion de ces deux Chanoines , les Evêques ont donné ces deux Ca- 
nonicats 6c Prébendes fans reftri&ions aux deux Abbayes j fçavoir, Rori- 
con > celle de Gerolde au Chapitre de faint Acheul en 10S5. 6c 1'Fvêquç 
Thierri celle de Roger au Chapitre de fàinc Martin en 1148; que ces do- 
nations ont été ratifiées par les Sieurs du Chapitre, & confirmées par 
les Papes, Et que pour preuve ineonteftablc , que les deux Chanoines 
doivent jouir de tous les droits utils & honorifiques de ces deux Prében- 
des» comme les autres Chanoines j c'eft que bien loin que les Evêques 



3 

ayent eu la penféc de les ravilir en les rendant inférieures aux autres , U 
ell rnanifcfte que leur intention a été de les rendre fuperieures , d'égales 
qu'elles étoient , en les érigeant en Prébendes faccrdotales » & en attri- 
buant à ceux qui les défervent la première place au Chœur fi£ dans l'B- 
glife de chaque coté , immédiatement après les Dignitez. 

Pour détruire des titres fi évidents , & s'attribuer les droits de ces 
deux Prébendes , il faudrait des titres contradictoires $ mais les Sieurs du 
Chapitre n'en peuvent rapporter aucun. 

Ils avancent dans leurs premières deffenfes , que les deux Chanoines 
pourvus à la deflerte de ces deux Prébendes , ne font que de fimples Vi- 
caires de leurs Abbez > cela fe détruit par les titres des donations , & par- 
ce que le Prieuré de faint Acheul , n'a été érigé en Abbaye que plus de 
Soixante ans après la donation faite de l'une deidites Prébendes à ce 
Chapitre par l'Evêque Roricon. 

Ils difent enfuite dans ces mêmes deffenfes, que ces deux Chanoines 
n'ont point d'autres obligations que d'afîifter aux heures Canoniales » fans 
faire aucune autre fonction , cependant ils chantent la grande Meffe & ils 
acquittent les autres Charges à leurs tours &c par femaines, comme les au- 
tres Chanoines , n'étant privez que des fondions accidenteles qui fe font 
par députât ion , ou dont il faut être averti ; comme d'aller fous le Jubé 
donner la bénédiction au Prédicateur en l'abfence des Dignitez , annon- 
cer une Antienne, & autres. 

Les autres deffenfes des Sieurs du Chapitre » n'ont pas plus de force & 
de vérité, elles fe reduifent à trois chefs, qui font les prétendues Senten- 
ces du Concile de Bafle , la Poffeflion & la Coutume. 

Pour ce qui eft des Sentences du Concile de Bafle , il ne faut pour en 
marquer la nullité, que rapporter fommairement les obfervatiom qu'ont 
fait les Demandeurs dans leurs écritures. 

i fl Que ces Sentences , ou au moins la Bulle confîrmative d'ieelles nefc 
trouve point dans les actes de ce Concile, & que ne fe trouvant aucun ve- 
ftige » de la prétendue lupplique de l'Abbé & des Chanoines de faint Mar- 
tin , il eft à préfumer que les Sieurs du Chapitre profitans du trouble de 
PEglife , ont fabriqué ces Sentences pour reftraindre le droit d'annates 
du à ladite Abbaye , en y faifant adroitement énoncer la Prébende appar- 
tenante à cette Abbaye , pour avoir occafion d'enufurper les droits & re- 
venus. 

i° Que lors que ces prétendues Sentences ont été rendues , le Con- 
cile de Bafle étoit rompu j la Bulle de la tranllation & indiction dudic 
Concile à Ferrare , étant du premier Octobre 1437. & en confequence ht 
première Afîemblée du Concile gênerai de Florence s'étant tenue à Fera- 
re le 8. Avril 1438. antérieurement à toutes les Sentences & Bulles des 
Sieurs du Chapitre, dont la première eft dattée du 6. Juin 1458. outre 
que ne pouvant y avoir en même temps dans l'Eglife deux Conciles écu- 
meniques» celuy de Florence ayant commence à Ferare ledit jour 8. Avril 
1438. parla première feflîon à laquelle le Pape Eugène IV. & l'Empe- 
reur affilièrent : il eft évident que le prétendu Concile de Bafle ne pou- 
voit plus paffer que pour une Affemblée fchifmatique qui fubftitua I'anti- 
Pape Amedée de Savoye au Pape légitime. 

3° Que ces Sentences font contraires aux deci fions de ce même Conci- 
le , qui ordonne qu'on n'ait recours aux Papes & aux Conciles que pour 
les caufes majeures. 

4° Qu'on ne peut imaginer des jugemens plus informes que ces pre- 



4 

tendues Sentences qui ne contiennent aucune demande explicite de l'Ab- 
bé & du Chapitre de faint Martin , qui ne rapportent aucune raifon de la 
Çirt des Sieurs du Chapitre , pour altérer les titres & les droits des deux 
rebendes , & enfin qui ne rendent aucun jugement decifif , qui ajugcla 
moindre chofe aux Sieurs du Chapitre , & qui foie contraire aux conclu- 
ions des Demandeurs. 

y Que l'Abbaye de faint Acheul n'étant pas feulement nommée dans 
lefdites Sentences 3 tous prétextes d'ufurpation ceflent à l'égard de la Pré- 
bende appartenante à ce Chapitre , puifque ce feroit une prétention tout- 
à-faic ridicule , de vouloir fe iervir de jugemens étrangers contre un 
Chapitre, qui n'a jamais été en caufe » suffi les Sieurs du Chapitre recon- 
nome nt- ils dans leur Requête du 9. Janvier 169$, que ce n'eft que fur un 
préjugé qu'ils ufurpent les droits de cette Prébende » ce qui eft un plaifanc 
le nouveau moyen de prendre le bien d'aucruy dont les Deffendeurs font 
auteurs. 

6° Que ces Sentences n'ont aucun rapport avec ce qui eft con telle 
entre les parties » s'agiflant principalement des rétributions pour aflïftan- 
ces aux Offices de nouvelle fondation ; & comme les Sieurs du Chapitre ne 
donnent aucune reponfe precife aux conclu lions des Demandeurs , faute 
de titres*legitirnes pour foutenîr leur ufur patio n : de l'invention & à la fol- 
licîtation de leur Doyen toujours oppofé aux réguliers , ils fe font atta- 
chez à faire valoir ces prétendues Sentences , qui font d'une datte poltc- 
rieure au Concile légitime de Bafle , 5c à la pragmatique fanclion , fans 
marquer ce qui leur eft ajugé par lefdites Sentences -, leur intention étant 
de jetter de la pouffiere aux yeux, fie de prévenir les Juges par ces juge- 
mens informes & imaginaires , qui n'expriment ny demandes ny defïWes 
precifes, ny jugement decifif. 

7 Que quand même ces Sentences auroient toute apparence de Juftice» 
elles ne pourroient valoir contre le Chapitre de faim Martin » que pour 
dépouiller la Prébende qui Juy appartient , de fes droits % ou honorifiques 
ou utils , qu'elles ne peuvent être d'aucune autorité pour la priver de Ces 
droits honorifiques , puifque les jugemens qu'elles contiennent n'en font 
aucune mention j qu'elles ne peuvent la fruitrer de (es droits utils , puis 
qu'elles ne dehnifTent rien t Se qu'en effet on ne pouvoie faire mention en 
ce temps de ce qui eft aujourd'huy contefté 1 s'agiflant principalement des 
augmentations avenues récemment dans la perception du droit de quoti- 
dienne t & de la part des Obits fondez depuis environ cent ans. 

8° Que ces jugemens feroient nuls , quand même ils contiendroient la 
privation des fruits ufurpez par les Sieurs du Chapitre > tant à caufe qu'ils 
n'en rapportent aucun motif ny raifon » que parce qu'on ne peut légitime- 
ment priver un Chanoine des diftribucions qu'il gagne par fon amitance , 
dont principalement eft queftion. 

9° Qu'enfin une preuve convaincante du peu de valeur de ces Senten- 
ces > eft que les Abbez de S, Martin ayant obtenu trois Arrefts du Parle- 
ment pour augmenter le droit d'an a a tes dûs par les Deffendeurs à ladi- 
te Abbaye à raifon des nouvelles fondations ; les Sieurs du Chapitre qui 
font revenus à la charge par Requête civile contre ces trois Arrefts , n'ont 
jamais ofé rapporter ces prétendues Sentences , qui traitent principale- 
ment de ce droit d'annates ,* & ils ont été condamnez avec dépens par un 
quatrième Arreft du 9. Juillet 1644. & s'ils a voient ofé rapporter ces 
Sentences , elles auroient été caflees par le Parlement , qui ne prétend 
point que les Conciles ayem droit de régler les conteitations qui arrivent 

au fujec 



s 

au fujct du temporel des Eglifcs , dont le Roy eft feuf Confervateur & 
Juge : tou\ les Jurifconlultes fou tenant d'ailleurs que quand même la pré- 
tendue fuppliquc de l'Abbé de faint Martin aurait été portée au Concile 
de Baflelors de la tenue légitime du confentement des parties , les Sen- 
tences feraient toutefois nulles , n'étant enaucune manière permis , même 
du confentement des parties , de recourir en première infiance ny aux Pa- 
pes ny aux Conciles. 

La polTeffion fur laquelle les Sieurs du Chapitre fe fondent eftun moyen 
auflî frivole que le précèdent, puis qu'une pofTeflïon pour être légitime 
doit être appuyée fur un concordai:. Se non (ur une ufurpation aufli vio- 
lente & auifi manifefte que la leur , les titres des donations de ces Pré- 
bendes étant dans leurs Archives j outre qu'étant les O économes de ce 
bien qui ne fait qu'une mafle avec le leur , ils ne peuvent acquérir pof- 
feflîon. 

Enfin » fe peut-il un moyen plus irregulier que de rapporter la Coutume 
& I'ufage pour favorifer l'idurpation des Sieurs du Chapitre , qui improu 
vent toute Coutume & ufage , lors qu'iL s'agit de leur intereft > témoin ce 
paiïage des Canoniftes qu'ils citent dans leur Fa&um contre le Sieur Pi- 
card leur Chanoine Vicarial , page 10. & dont on fe fert icy contre eux- 
mêmes. Ouamdiu durât ratio le gis , conjuctudo non vin rit legem , fedmnri- 
tur ab ea. Ainfi. ne rapportant rien qui pu i lie empêcher l'effet des conclu- 
rions des Demandeurs , reprifes en douze articles dans leur Requête im- 
frimée, ils pcrfîitent dans leur foutenuë > Se ils cfperent de les obtenir de 
équité de leurs Juges avec dépens. 

Pour prouver que les âeux Chanoines commis par les Abbayes de faint Acheul 
& de faint Martin i Amiens , doivent avoir voix au Chapitre de l'Bzhje 
Cathédrale de ladite Ville, & dans toutes les Ddiberations ; il ne faut mie 
faire obfirver, 

i° /"\ U'ils font Chanoines , puis qu'ils font pourvus par Commiffion de 
V J t Jeux Canonicats, qu'ils en font toutes les fonctions, que le Cha- 
noine de faint Acheul a été reconnu pour tel parles Sieurs du Chapitre , 
fuivant leur Lettre de 1148. qui porte qu'un Prêtre tiré de l'Eglife de 
S. Acheul fera les fonctions de Chanoine Prébende , qui in nojlra Ambianer.fi 
Ecclefia tamqnam frebendarius defirviat& mijftm in tnkpri a/tari célébrer &c. 
Que le titre de donation faite de la Prébende à ladite Abbaye de faint 
Martin, porte formellement que le Chapitre de ladite Abbaye commet- 
tra pour toujours à la deflerte de cette Chanoinie un Prêtre defon Cha- 
pitre. Porro ad deferviendam Canon team iflam .... presbiterum .... perpé- 
tua mancipabitis. Que la Lettre des Sieurs du Chapitre pour J'établifle- 
ment du droit de Quotidiaine en U45. les qualifie de Chanoines & les 
égale aux a.utrc$.Duobus Canonicis videbcet fanlU Acheoli rjrftncli Martini de 
Gemellis in Ecclefia nojlra déferaient! bus computatis. Que fuivant le propre 
raifonnement defdits Sieurs du Chapitre , repris dans la féconde des trois 
Lettres qu'ils ont fait imprimer contre le Sieur Dehodene leur Doyen , 
à l'effet de l'exclure de leur Chapitre» les deux Chanoines font absolu- 
ment Chanoines , & doivent avoir voix au Chapitre , puis qu'ils ont leur 
part du Pfautier > dont les feuls Chanoines ont été chargez, : ÔC enfin que 
comme Chanoines , ils font inferits avec les autres dans la Table qui en: 
dans lç Chapitre. H M Tabclla continet nomina. dr cognomina dominer um Cx- 

B 



ftomcorum butas Eçelejî.t . . . . £r pfalwos qttos eômm qailihet fuorùm Canùnicà* 
tus & Prebendœ rationc , é*c. Toutes \çs pièces cy-deflus citées produite* 
au Procès. 

i° Que fuivant les Jurifconfultes , la voix eu Chapitre eft infeparablc 
du Ganonicat. AdjusCanonicatusperiinctl'rebendaô'Jlallus in Cboro & lo- 
cus in Capitule. Qu'au droit de Chanoinie ; Inktret habere JlaUum in Chora 
dr vocem i# Capitula, Et conformément à cet autre endroit j habeatesjus 
Canonî.e funt de Capitule. 

y Qu'autrement les deux Chanoines en queftion , feroient Chanoines?. 
& ne le feroient pas. 

4° Qu'on ne peut les priver de la voix au Chapitre, puifquc Geroldq 
& Roger leurs predecefleurs l'avoient , Se que les titres des donations d« 
leurs Prébendes ne font aucune rcftri<5fcion. 

f Qu'en qualité defuccefléurs de Gerolde & de Roger , ils ont autan| 
id'intereft que les autres Chanoines d'affilier au Chapitre, & Qu'ils font 
auffi capables de folliciter leur bien , qui ne fait qu'une même nulle avec 
celuy des autres Chanoines. , 

6° Que cette demande eft conforme à l'ufage du Chapitre d'Amiens j puif- 
Ijue les huit Chanoines appeliez Guilmins , qui avant l'Arreft de 1643. par 
lequel ils ont été égalez aux autres Chanoines, ne joùiffiaient que d'un 
gros £ deux, ne laidoient pas d'avoir tous voix au Chapitre, & que les 
trois Chanoines dits Theobaldiens, qui ne joùiffentà trois que du reve- 
nu d'une feule Prébende, ne laiflent pas d'y avoir tous trois voix active 
& paflîve j fondez fur cette règle des Juritconlultes , dont les Sieurs du 
Chapitre fe font fervis dans leur première Lettre contre le Sieur de Ho- 
dene : J^uia de communi tnenfa Prebcndam habent. Ht tant queles deux Cha- 
noines feront privez de la voix au Chapitre , leur bien fera toujours ex* 
pofé à de femblables ufurpations, parce que les perfonnes intereffées d en- 
tre les Sieurs du Chapitre , feront naître mille occafions de les priver de 
quelque portion de leur bien , foit en le changeant de nature, comme ils 
ont tait l'avoine qui appartenoit à la Quotidiaine , foit de quelqu'autrc 
manière. 

7 Qu'en qualité de premiers Chanoines Prêtres plein gros, ils ont plus 
de droit que les autres d'avoir voix au Chapitre , étant notoire , que dans 
tous leJ Chapitres les Prêtres ont rang , & opinent devant les autres. 

8° Qu'il n'y a aucun inconvénient , qu'ils joùiilent de ce droit qui leur 
appartient légitimement , & dont il n'y a pas plus de raifon de les priver 
que des autres. 

j* Qu'enfin les deux Chanoines ne font pas de pire condition que leurs 
Confrères , qui en confequence des Arrefts , des Sentences & des trania- 
ûions mentionnées & produites au Procès , font rentrez en poflefllon de 
ce droit & de tous les autres dans les Eglifes Collégiales de faint Rieul Se 
de faint Franbourg de Sentis , de faint Marcel de Paris, de faint Spire de 
Corbeil , de faint Martin de Charnpeau , de faint Cloud & autres , du- 
quel droit ils avoient été dépouillez par de femblables entreprifes que 
celles des Sieurs du Chapitre d'Amiens à l'égard defdits deux Chanoi- 
nes. 

Obfervaùon fur la fraduilion des Sieurs du Chapitre. 



L eft évident comme on l'a déjà fait remarquer , qu'affaire ne fut ja- 
m mais plus mal inftruite que celle-cy de la part des Sieurs du Chapitre, 
aulïï n'en fut- il jamais dont la foutenuë fut plus injufté. 



1 



Les Demandeurs ont renferme leurs demandes dans les cànclaÛons dé 
leurs Requêtes reprifes en douze articles dans celle qu'ils ont fait impri- 
mer > ces demandes font fondées fur leurs titres , appuyées par le droit 5c 
la raifon. Les Sieurs du Chapitre fc font vantez dans leurs defFcnfcs d'a~ 
voir des reglemens contradictoires qui les autorifent dans leur ufurpation ; 
on les a fommez de les produire : ces prétendus reglemens fc font tous 
rapportez à plulîeurs raifonnemens captieux, dont les Défendeurs ont tire 
des preuves & des confequences injuftes & intereiTécs , fondées fur de 
fauffes fuppofitions, dont leurs écritures font remplies. 

Les demandeurs après tant de délais 6c tant d'oltentation de la part des 
Sieurs du Chapitre , apprehendoient que leur production ne contint 
quelque pièce de confequenceà eux inconnue. Cette production .a enfid 
paru contenant un amas de pièces , mais toutes inutiles & étrangères à 
l'affaire dont cit queft.on. b 

Il s'agit d'une infulte des plus outrageantes faite par leur Doyen à ujb 
Chanoine Prêtre Pun des Demandeurs : il s'agit d'avo ; r part comme les 
autres aux augmentations arrivées depuis quelques années dans la perce* 
ption du droit de Quotidîaine , & aux diftributions que les deux Chanoi- 
nes fucced'eurs de Gerolde & de Roger gagnent par leurs aifirtances aux 
Obits &r aux autres Offices fondez dans l'Jcglifè Cathédrale , fur tout dc^ 
puis environ cent ans. il s'agit de la voix en Chapitre pour avoir part à 
î adminiitraiion de leur bien , qui ne fait qu'une maife avec celuy des au- 
tres Chanoines , Se de quelques autres droits inséparables des deux Ca- 
nonicats & Prébendes, appartenais aux Demandeurs. Il s'agit de reiti- 
tuer à l'Abbaye de faint Martin les papiers enlevez parles Sieurs du Cha- 
pitre lors de fa tranflation de cette Abbaye, 5c en d'autres occafîons : en- 
fin il s'agit de rendre aux Chapitres des deux Abbayes , le rang qu'ils 
avoient avant leur décadence à certains jours dans le Chœur de PEglife 
Cathédrale , 3c tel qu'ils ont encore au moins quatre fois l'année dans les 
Procédions générales. Les titres & pièces produites par les Demandeurs 
font foy de la juttice de toutes ces demandes. -» 

Les Sieurs du Chapitre oppofent aux titres & Arrefts produits des 
Senteuces qu'ils attribuent au Conciliabule febilmatique de Bafle, rendue* 
long-temps après la tenue légitime de ce Concile , & pendant queleCon. 
cile gênerai de Florence le tenoit à frerare , avec un amas de pièces , par 
lefquelles ils prétendent prouver qu'ils ont Juridiction fur les deux Ab- 
bayes, jufques-là qu'ils s'en difentles Seigneurs fpirkuels & temporels. 

Les Demandeurs dans leur Requête imprimée , ont fait connoître la 
Vanité de ces qualitez fantastiques, en remarquant que la Seigneurie Tem- 
porelle de faint Acheul Se de (es dépendances, appartient au Sieur Abbc 
de faint Acheul, en confequence du partage fait avec les Chanoines de 
cette Abbaye: Que lefdîtcsdeux Abbayes étant unies à la Congrégation 
de fainte Geneviève , la Jurifdiction fpirituelle appartient à Mr. l'Evê- 
que d'Amiens en ce qui regarde Padminiitration des Sacremens aux peu- 
ples , & qu'au furplus elle appartient aux Supérieurs de cette Congréga- 
tion , & on a en même temps fait connoître la mauvaife foy des Sieurs cil 
Chapitre , par un Nota fur le procès verbal du 30. Décembre 1660. par 
eux produit, qui ayant été dreiTc par un Chanoine leur Confrère, foi di- 
fant leur CommitTaire, qui en ladite année 16^0. s'étoît tranfporté enl'E» 
glife de faint Acheul , à Poccafion de la réedification du Tombeau de S. 
Firmin , fit fraudnleufement fîgner ledit verbal aux Chanoines de ladite 
Abbaye â fans les avertir de la claufe qu'il y a voit inférée » pat laquelle en 



8 
2e lignant » ils reconnoifloicrit lefdits Sieurs du Chapitre pour Seigneurs 
, spirituels & temporels j ce qui eft manifestement faux. On a ajouté dans lad. 
Requête imprimée, que ne s'agiil'ant point de Jurifdiction , ces prétendues 
pièces qualifiées de règlement contradictoires , étoient étrangères à l'affai- 
re dont eft queftion. 

Il ne relie donc aux Sieurs du Chapitre que les Sentences de Balle, 
qui ne font point des reglemens contradictoires à l'égard de l'Abbaye de 
faine Acheul, puifque n'étant point en caufe, elle n'y eft pas nommée une 
feule fois ; elles n'en font point au (fi à l'égard de l'Abbaye de faint Mar- 
tin, pour les raifons tant de fois reperces , & parce que lefdites Sentences, 
tiu fabriquées à deiîein ou furepriiîement obtenues dans le temps du trou- 
ble de l'Eglile, ne contiennent, ny jugement, ny motif, ny raifon, & ne 
définirent rien de clair ny de contraire aux concluions des demandeurs » 
dont chaque article auroit dû être détruit par de bons titres ou tranfa^ 
étions rapportées par les Sieurs du Chapitre , qui par malheur pour eux 
n»enayanL>aucuns> & leur Doyen & Adherans a anc peine à céder à l'é- 
gard des perfonnes qu'ils méprifent fi fort , par l'éclat de tant de pièce* 
inutiles , ils ont efperé de furprendre la religion des Juges. 

Les Demandeurs qui n'ont pas voulu autrement répondre au contenu de 
l'inventaire de production des Défendeurs , qui comprenent tant de piè- 
ces étrangères , & qu'on peut qualifier de véritable galimatias , pour ne 
point groffir trop le procès , déjaafTez gros , & pour ne point faire de di- 
version , qui eft ce que lesfolliciteurs de ce procès de la part des Sieurs du* 
Chapitre fouhaiteroient , ont jugé à propos de faire imprimer enfuite de 
ces Obferv-itions un Arreft du Confeil qui ren ver fe toute cette production; 
inutile , qui anéantit tous ces prétendus reglemens contradictoires tou- 
chant la Jurifdiction , & qui confondroit des perfonnes moins opiniâtres 
qu'eux, en faifant connoîtreà tout le monde par le contenu dudit Arreft, 
à quelle extrémité, fous de tels guides, a été réduite l'Abbaye de S. Acheul , 
qui s'eft entièrement rétablie depuis qu'elle s'efl fouftraitc de leur Jurifdi- 
ction » par l'union à la Congrégation de fainte Geneviève , dont Je Procu- 
reur gênerai ayant reconnu le mauvais deflèin des Sieurs du Chapitre , quï 
vouloient achever de ruiner ces deux Abbayes en fe maintenant dans leur 
prétendue Jurifdiction , à la faveur d'une Sentence du Bailly d'Amiens, 
rendue le ij. A ouït i<Sj8, obtint ledit Arreft du Confeil , qui âeffend âc 
mettre à exécution ladre Sentence , contre lequel Arreft les Deffcndeurs 
n'ont ofé fc pourvoir depuis un fi long- temps. 

Suit la copie de l' Arreft du Confeil Privé du Roy 3 du cinquième 

Novembre 1638. 

Extrait des Regijhres du Confeil Prive du Roy. 

SUf la Requête prefentée au Roy en fon Confeil par Frère Robert 
Baudoiïyn Procureur gênerai de l'Ordre des Chanoines Réguliers de 
faint Auguftin de la Congrégation de France, contenante qu'encore que 
par concordat fait entre les Religieux Reformez de ladite Congrégation , 
& le Sr. de la Grange Abbé Commen data ire de l'Abbaye de faint Acheul 
les- Amiens le tj. Juillet 1637. il foît convenu que la Manfe Conventuelle 
du Monafterc de ladite Abbaye t feroir unie à la Manfe Conventuelle 
de l'Abbaye de faine Aiarciu aux Jumeaux , pour les caufes contenues au- 
dit Concordat > 



9 

dit Concordat ; & quefuivant iccluy ils aycnc commis un Religieux pour 
deflervir la Cure de ladite Abbaye , à caufe de l'impoflïbilité qu'il y a d'y 
établir une Communauté de Religieux , pour y vivre dans l'obfervance 
Régulière, pour n'y avoir aucuns logemens ; & être icelle Abbaye ruinée 
depuis long-temps , Ôc ce qui enreffce pouvant être démoly par Ordre de 
Sa Majefté pour la feureté de la Ville. Néanmoins les Doyen , Chanoi- 
nes ôc Chapitre de l'Eglife Nôtre- Dame dudit Amiens, pretendans avoir 
droit de viiîte en ladite Abbaye de faint Acheul , ÔC correction fur les 
Religieux d'icclle , fe feroient pourvus pardevant le Bailly dudit lieu 
d'Amiens, & de luy obtenu Sentence par deffaut le 17. Aouft dernier , 
par laquelle il auroit ordonné , qu'il feroit pourvu par les Abbé & Reli- 
gieux duJît faint Acheul , à ce que le Service accoutumé fut célébré , 
les Fondations acquittées , 5c commis nombre neceflfaire de Religieux, ou 
Ecclefiaf tiques dans quinzaine» autrement que ledit temps pafTé, qu'ils y 
feroient contraints par faifie de leur revenu temporel & pourvu à leurs 
dépens , qui efi une entreprife fur la Jurifdiclion du Sieur Cardinal de la 
Rochefoucaut , lequel par les Brefs de Sa Sainteté, ôc Lettres Patentes 
de Sa Majefté, eft commis pour la Reformation des Abbayes dudit Or- 
dre i & par devant lequel les Religieux Reformffz fc font pourvus , tant 
pour le rétablifTement de ladite Abbaye de faint Martin, que de celle de 
faint Acheul : Se d'autant que par lefdites Lettres Patentes, il eft ordon- 
né que tout ce qui iëroit fait par ledit Sieur Cardinal pour l'établifTe- 
menc de ladite Reforme feroit exécuté, nonobftant oppofitions ou appel- 
lations quelconques Y defquelles fi aucunes intervenoient , Sadite Majefté 
s'effc refervée la connoiflance ôc à fondit Confeil , Se icelle deffendué à 
tous autres Juges , il plût à Sa Majefté cafter êc annuller ladite Sentence 
du 17. Aouft dernier i faire deffenfes audit Bailly d'Amiens , Chanoines 
& Chapitre dudit lieu , ôc à tous autres de prendre connoiflance du Rè- 
glement Se Reforme de ladite Abbaye de faint Acheul , tant au fpirituel 
que temporel , fauf à ceux qui y prétendront intereft , à s'adreflèr vers le- 
dit Sieur Cardinal , pour y être par luy pourvu ,ainfi qu'il aviferoic bon 
être. Vu ladite Requête ,- figné, Milet Avocat audit Confeil , iedic con- 
cordat du 17. Juillet 1637. ladite Sentence du 17. Aouft: dernier : Oùy le 
Rapport du Sieur Verthamont Commiflaîreà ce députés & toutConfi- 
deré. Le Roy en fon Confeil a ordonné Se ordonne, qu'aux fins de ladite 
Requête , les parties feront alignées au mois ; Se fait deffenfes d'exécu- 
ter ladite Sentence du Bailly d'Amiens du 17. Aoull dernier, jufqu'à ce 
qu'autrement par Sa Majefté en fondit Confeil , au rapport du Commif- 
faire à ce député en ait été ordonné. Fait au Confeil Privé du Roy, 
tenu à Paris le cinquième jour de Novembre 1638. Signé , Fobxoal. 

Obferv Allons fur les imprime^ des ficurs au Chapitre. 

IL n'eft que trop évident , que les fieu s du Chapitre d'Amiens , faute 
de titres ÔC de preuves fuffifantes , ont recours à la rufe , mais les De- 
mandeurs efperent qu'en faifant connoître les vaines fubtilitez , dont les 
écritures defdits fieurs deffèndeurs font remplies ; elles n'auront point 
l'efFet qu'ils fe font propofez ; car fi on y veut faire attention , on reeon- 
noîtra facilement , qu'ils n'employent que des preuves générales qu'ils 
n'appliquent, ôc qui ne reviennent point à l'affaire dont eft queftion; 
qu'ils ne tirent aucunes conséquences précifes de leurs faufles fuppofi- 
tions, & enfin qu'ils n'attaquent qu'en gênerai , Se qu'ils ne détruifent en 

C 



IO 

particulier aucune des conclurions des Demandeurs reprifes en douze artP 
clés dans leur Requefte imprimée. 

Les imprimez des Sieurs du Chapitre contiennent deux de leurs Rcque-* 
ftes , les trois Sentences qu'ils attribuent au Concile de Baie, un extrait do 
la Bulle du Pape Nicolas V. quelques réflexions fur lefdites Sentences Se 
Bulles j Se enfin ils citent pour exemples les Eglifes dans lesquelles les Con- 
frères des Demandeurs delVervcnt des Canonicats Se Prébendes. 

Toutes ces pièces qu'ils ont fait courir dans le public avec précaution, ne 
font point imprimées de fuite ideflein, mais par cahiers. Le premier con- 
tient lent Requête de production du p. Janvier 1698. par laquelle éludant 
de répondre à la Requête des Demandeurs du 6. Aouft 1697. ^ * ' eur * n ~ 
vèntaire de Èrbduttitm du 8. defdits mois Se an. Lcfdits Sieurs du Chapitre 
ont recours a dés preuves vagues Se générales , Se s'attachent à des moyens 
8e S des ràifons frivoles Se étrangères à l'aftaire donc eft queftion , lors qu'ils 
aur oient dû attaquer avec vigueur la production des Demandeurs, en rnfir- 
ïriant les titres des donations des deux Prébendes,, non par des Sentences de 
Bile j mais par de bonnes transactions Se concordats pafleZ entre les parties. 

Ils auraient dû marquer en vertu de quoy ils ne gardent tplus avec les 
éçnx Chanoines Demandeurs dans la perception du droit de quotidiaine » 
l'égalité portée par l'A&e de 124.5. & pourquoy nonobstant leur première 
place dans TEglifc , ils leur dénient la qualité de Chanoines prebendez , 
qUoy-que les titres des donations, l'Acte de 1248. Se la table de leur Char 
pitre les qualifient tels. 

Ils aUroient dû marquer dans leurdite Requête de production dudit jour 
9. Janvier ié^S. ce qui les a porté à ne plus farisfiire aux devoirs de confra- 
ternité, établie depuis plufieurs ficelés entre leur Chapitre Se les Chapitres 
des deux Abbayes , Se en vertu de quoy ils refufenc aufdits Chapitres le 
rang qu'ils ont eu cy-devant dans le Chœur de l'Eglife Cathédrale à certains 
jours de fêtes. 

Ils auroîent dû rapporter les concordats en vertu defquels ils obligent les 
deux Chanoines^ la recitation de leur part du Pfautier, & à affilier 3 tous 
les Offices qui font fondez journellement, fans leur donner les mêmes rétri- 
butions que reçoivent les autres Chanoines , & en vertu de quoy ils les ex- 
cluent de certains droits accidentels , foit utiles , foit honorifiques, Se infir- 
mer les jugemens de 1611. produits par les Demandeurs, ou avouer que 
leur Doyen a été téméraire de troubler leur poflcflîon. 

Puis que faute de titres légitimes ils ont recours à leurs Sentences de Bâîe, 
ils auroient tià prouver, ce qu'ils ne feront jamais , que lefdites Sentences 
ont été fabriquées avant le Schifme qui a fuccedé à ce Concile. 2*. Que 
pofé le cas qu'elles eufient été rendues par un Concile légitime, de quoy les 
parties ne conviennent pas , les Deft'endeurs auroient dû prouver qu'il écoit 
de la compétence d'un Concile de connoîrré des droits des Prébendes en 
queftion. 5". Que fuppofé qu'il appartint à un Concile d'en connoître , ils 
auroient dû prouver qu'il pouvoir légitimement dépouiller les deux Cha- 
noines défier vans, des droits & des rétributions qu'ils gagnent journellement 
par leurs aïfiftances. 4*. Ils auroient du rapporter nettement ce qui cft li- 
quidé par ces prétendus jugemens , ce dont en vertu d'iceux ils ont droit de 
priver les deux Chanoines , ce qui leur doit refter de revenu , Se marquer 
l'endroit dé ces jugemens qui privent les t)omandeurs des augmentations 
avenues Se à venir , tant dans la perception du droit de quotidiaine, qu'à 
rai (on dés Obus Se autres Offices qui font journellement fondez , Se lever 
les antres nullité z de ces prétendus jugemens ; enfin prouver en vertu de 



il 

quoy ils veulent faire valoir Iefdites Sentences contre l'Abbaye de S. Acheul, 
•qui n'y eft pas une feule fois énoncée. 

Ils anroienc dû dans lcurdite Requête foûtenir leurs ufages abufifs par 
«tes preuves tirées de leuts Statuts, &ù réfuter les Ar refis produits & citez 
par les Demandeurs , qui ont fi fou vent condamné lefdirs ufages. 

Ils auroient dû répondre aux preuves que les Demandeurs ont tirées des 
Avrells du Parlement , rendus en faveur des Religieux Bénédictins de S. Ni- 
colas d'Acy, en faveur des Chanoines Réguliers de S. Vincent de Senlis , 
Confrères des Demandeurs t en cas tour- à- fait femblables , & détruire les 
autres preuves qu'ils ont tirées des Sentence,Tranfa£ttons & Arrefts du Con- 
feil du Roy , rendus en faveur des Chanoines Réguliers , contre les Chapi- 
tres de S. Ricul &c de S. Frambourg de Senlis , &c contre celuy de S. Marcel 
de Paris , au fujet de la voix en Chapitre , &c autres conieûations toutes fem- 
blables à celles dont eft queftion. 

Il eft donc notoire que les Demandeurs faute de bon droit &c de titres lé- 
gitimes n'ayant pu répondre à propos à la production des Demandeurs , ont 
eu recours à des moyens généraux &c captieux , amplement réfutez par la 
feule Requête que les Demandeurs ont fait imprimer , pour fervir de plus 
ample inftruftion à l'affaire, & de contredits à ladite Requête de production 
des Sieurs du Chapitre, laquelle pour cet effet leur a été fignifiée le 27. May 

LefJits Sieurs du Chapitre un peu embaraflez de ce que les Demandeurs 
par leurdite Requête imprimée avoient découvert la groffiereté de leurs vai- 
nes fubtilitez, ont prefenté leur Requête du z$. Aouft 169%. fignifiée au Pro- 
cureur des Demandeurs , le j. Septembre Suivant, laquelle Requête fait le 
fécond cahier des imprimez des Sieurs Dcftendeurs , & eft employée pouc 
fal varions aux contredits des Demandeurs contenus dans ladite Requête 
fignifiée le 17. May 1 6 5» 8 . 

. Il eft évident que les Sieurs du Chapitre pat cette féconde Requête im- 
primée, ne répondent en aucune manière aux contredits des Demandeurs; 
mais que par manière de plaidoirie des plus bizarre , pour éluder de con- 
tredire les preuves repnfes en ladite Requête , après avoir défendu au peti- 
toiie dans leurs, procédures précédentes , ils forment dans cette Requête 
une cfpecc de complainte contre les Demandeurs , qu'ils acculent de vou- 
loir les troubler dans leur injufte pofleflion, fur laquelle ils s'étendent fans 
aucune preuve , aufli-bien que fur l'autorité de leurs ufages abuiifs , qui 
font des moyens dont jufqu'à prefenc ils ic font fervis contre leurs parties, 8c 
qui dans toutes les occaiions ont été rejettez, ainfi que les Demandeurs l'ont 
fait remarquer dans la page 46. de leur Requête imprimée. Ce qui ayant 
fait appréhender aux Sieurs du Chapitre que ces deux moyens pour être trop 
vulgaires parmy eux , n'euffent un pareil fort dans l'affaire prefenté a ils ont 
eu recours à un troifiémc » qui font leurs Sentences de Baie, qu'on peut qua- 
lifier de jugemens de contrebande, & qu'ils racbent encore une fois de faire 
valoir dans cette féconde Requête , dans laquelle leur Ayocat s'étend d'uii 
ftil captieux , & plein de contradictions , pour prouver que Je Concile de 
Bâle eft reçu en France , dont les D-'mam.cms n'ont jamais douté, & qui 
pour couper court , & obvier aux redites dans lesquelles les Deffendeurs par 
tout ce verbiage tâchent de les engager pour allonger , ont répondu à cette 
féconde Requête à eux fignifiée le 5. Septembre 16 y 8, par une autre Requête 
<lu 17. defdits mois &: an , par laquelle ils ont brièvement fait connoître 
toutes les fàulTes fuppofitions des Sieurs du Chapitre, qui continuer* à vou- 
loir appuyer leur ufurpation fur leurs Sentences de Bâle , lesquelles, û on les 



Il 

examine attentivement , ont tout-à-fait le caractère de faulîété. 

Les Demandeurs ont fait remarquer que quand même ces relies du Con- 
cile de Baie , aufquels les Deffendeurs attribue ut ces Sentences , euffent 
formé une afîemblée canonique & légitime; que quand même il eût été de la. 
compétence de ces Juges prétendus de rendre un jugement dans l'affaire dont 
eft queftion, &c que ce jugement fût decifif, &c non pas informe comme il 
eftj que cependant ces prétendues Sentences ne pourroienc en rien fervir aux 
Sieurs du Chapitre , parce que l'Abbaye de S. Acheul n'a jamais été en 
caufe , &c parce que les confequences qu'on peut tirer de ces Sentences n'ont 
point de rapport avec les demandes contenues dans les douze articles des 
conclurions des Demandeurs, qui font toutes demandes qui au temps du Con- 
cile de -Bâle ne pouvoient être occafion de conteHation , d'autant qu'il s'a- 
git principalement d'augmentations arrivées dans la perception du droit de 
quotidiaine , & àraifon des Offices fondez depuis environ cent. ans. 

■Les Demandeurs par la comparai fon qu'ils ont faite de leurs demandes 
avec les confequences vagues &: indéfinies que les Sieurs du Chapitre tirent 
de leurs prétendues Sentences, ont fait remarquer que lefdits Sieurs Deffen* 
deurs ne tâchent qu'à éluder les points conteftez , à plufieurs defquels ils 
n'oppofent aucunes défenfes j que pour mettre leur procédure en règle , in* 
ftruire le procez,& répondre aux contredits des Demandeurs, lefdits Seurs 
du Chapirre auroient dû prouver q'uils font autorifez de Dieu , de 1 Eglife, 
& de la Juftiee, pour infuiter les Demandeurs comme ils ont fait jufqu'à f re- 
fent en toutes occatîons , afin d'exempter leur Doyen & confors de la repa» 
ration qu'on leur demande. 

Ils auroient dû pour foûtenir leurs défenfes , rapporter les fondations des 
quarante anciens Canonicats &: Prcbendes de leur Eglife , & prouver que 
celles de Gerolde $c de Roger predeeeileurs des Demandeurs, etoient diffé- 
rentes des leurs , ou faire connoître que les donations qui en ont été faites 
aux Chapitres des Abbayes, contiennent des reftri&ions des droits de ces 
Prébendes , ou extinction de ces titres. : 

Ils auroient dû pour fui vre les Demandeurs au petitoire , èc les évincer de 
la poiTeJïion en laquelle ils font depuis fix cens ans environ , d'avoir par- 
tout la première place de chaque côté immédiatement après les Dignitez, en 
laquelle ils ont été maintenus par les jugemens de 1 6n. 

Ils auroient dû rapporter les titres qui leur donnent droit de faire chanter 
les deux Chanoines avant que de les recevoir , de les qualifier leurs V 1 ca- 
naux, & de les recevoir autrement que les autres Chanoines, ôc autrement 
que Gerolde &C Roger ont été reçus lors qu'ils furent pourvus de ces Pré- 
bendes. 

Ils auroient dû rapporter les titres par lefquels ils prouvent que Gerolde & 
Roger predeceffeurs des deux Chanoines, & lefdits deux Chanoines leurs 
fuccelfeurs , font de la petite ParoilTe de Nôtre- Dame de la D rapière , & 
que c'eft au Vicaire de cetre petite Paroifle i & non au Doyen qui en eft le 
Curé,, auiïi bien que de tout le Chapitre , à leur adminiftrer les derniers Sa- 
cremenss lors' qu'ils font malades hors des Abbayes $ Se prouver en vertu de 
quoy ils ont fait porter incognito dans cette petite Chapelle le corps du der- 
nier Chanoine de S. Acheul dcccdc, fans en avertir le Chapitre par aucun 
fon de cloche. 

Ils auroient dû prouver par de bons titres le droit qu'ils ont d'exclure 
les deux Chanoines d'avoir leur parc des balTes MetTes fondées , & de les 
empêcher par une nouvelle entreprife de dire journellement la MciTe dans 
les Chapelles dans Jefquelles ils les ont célébrées jufqu'à l'onzième Dé- 
cembre 



13 

cefnbre 1696. comme auflï rapporter les titres en vertu dequoy ils les privent 
de la nomination aux Bénéfices , en commun Se en particulier j & en vertu 
dequoy ils les ont exclus de la voix eu Chapitre, quoique par leur propre 
raifonnement , contenu dans la première des trois lettres qu'ils ont fait im- 
primer contre le fieur de Hodcne leur Doyen , ils duflent l'avoir , parce qu'ils 
ont part a la manfè commune. 

Ils auraient dû prouver en vertu dequoy les deux Chanoines ont leur part 
du Plauticr , dont les feals Chanoines ont en chargez* , de leur propre aveu , 
fans participer aux biens de Domilicrs & autres , qui ont été donnez pour 
certc fonda non ; en ver ru dequoy les deux Chanoines font pointez , s'ils 
manquent d'amfter aux Obits de autres Offices de nouvelles fondations ; fi£ 
en vertu dequoy, en y affiliant , ils ne participent point comme les autres 
Chanoines , aux biens donnez par les fondateurs. 

Enfin ils dévoient prouver en verru dequoy les deux Chanoines , qui chan- 
tent la grande MeiTe à leur tour ,&: qui s'acquittent de toutes les autres Char- 
ges de ÏEglife , comme les autres Chanoines , doivent être exclus de partici- 
per à pluficurs autres droits utils &c honorifiques accidentels, aufquels ils ne 
participent point par la feule intrigue de quelques remuans de ce Chapitre, 
clonr l'occupation eft d'inquiéter les autres. 

Un total manquement de titres & de preuves devoir porter les fieurs du 
Chapitre à fe déporter au moins une fois d'un injufte procez, ôc ne pas véri- 
fier ce qu'a dit faint Chrifoitome dans fon Homélie 41 fur le il. Chapitre de 
faint Mathieu : J^m pro veritate contendunt , fjr cognità veritate non confentimt 
verkati , manifefttim eft qnoniam frius non pro veritate , fed contra veritate m cer- 
■tabant, Aulti eit-ceun ufage très-ancien parmy eux , de ne jamais céder , ny 
vuider d'affaire à l'amiable i &: c'eft pour fe maintenir dans cet ufage , que 
leur Avocat , pour embrou lier l'affaire dans la page G. de fadice Requête, 
fait une diftinclion de Prébende Su de Canonicar , qu'on peut traitter de vé- 
ritable galimatias. Les Demandeurs dans la page 30. & la fuivante de leur 
Requête imprimée > ont donné une idée très- claire d'un Canonicat & d'une 
Prébende, &: leur Avocat a très-bien prouve par leurs rîtres qui font for- 
mel, que l'une & l'autre de ces deux qualitez, leur convient; & fi les fieurs 
du Chapitre vouloient fe rendre à la raifon , il ne faudroit point d'autres ti- 
tres , pour faire ajuger aux Demandeurs l'erret de leurs conclurions , que la 
première place qu'ils occupent dans l'Eglife de chaque côté : car, en effet» 
n'eft-ce pas s'aveugler , que de vouloir perfuader que deux perfonnes qu'on 
a mis à la tête d'un Chapi tre , & qui depuis fix cens ans ou environ , font tou- 
tes les fondions de Chanoines , comme iuccefleurs de deux Chanoines plein 
gros, ne font pas Chanoines. Quelque crédit qu'ait l'Avocat des Défen- 
deurs', lafoutenuë d'une fi méchante caufe ne luy f ra pas d'honneur, & il 
eut mieux fait de s'en tenir à l'avis que d'abord il a donnéaux fieurs du Cha- 
pitre , qui etoit de s'accommoder : &c c'eft en vain que lefdits fieurs du Cha- 
pitre , enfuitc de leurs deux Requêtes imprimées , le citent , comme devant 
donner de Tauthorité à leurs écritures , il furfit de fçavoir, qu'il a été paye 
pour dire tout ce qu'il avance , & qu'ainfi fes deci fions font intereflées. 

La fuite de cette féconde Requête des fieurs du Chapitre eft remplie de 
contradictions. Ils ont qualifié dans leurs écritures les Prébendes apparte- 
nantes aux Demandeurs , de Prébendes amorties j èc comme telles ils ont 
foûtenu qu'ils avoient droit d'en ufurperune pnreie des fruits , en la page 7'. 
de ladite Requête. Ils conviennent que les Pères Jefuitcs d'Amiens jouuTent 
de tous les fruits de la Prébende preceptoriale, quoy qu'amortie, & qu'il n'y 
a que les droits honorifiques qu'ils ne peuvent s'attribuer. 

D 



>4 

Enfuke leur Avocat fe propofe d'examinée quel elt le droit des Abbayes t 
& il ajoute aufli-tôt avec plus de précipitation que de vérité : ^u'il efi conf- 
■pint par leurs fripes titres 7 qu'ils ne peuvent f retendre le titre de Canonicat , df 
que la donation primitive ne contient que la Prébende : ce qui n'emporte que la 
donation des fruits temporels. Voilà un aveu qui a échappé à l'Avocat des Dé- 
fendeurs. Il convient de la donation faite aux Abbayes de deux Prébendes , 
qui emporte la donation des fruits temporels î ainfi voilà les Heurs du Chapi- 
tre condamnez par leur propre Avocat j fut une partie des c on fellation s s il 
fera aifè de luy faire connoître la fauffeté de fa première pt opofition , par la-k 
quelle il dénie aux Demandeurs le titre deCanonieat , en le renvoyant à la 
page aa. de leur Requêie imprimée, qu'il n'a pas lue avec attention , non 
plus que les titres des donations, Celuy de faint Martin donnant formelle- 
ment la qualité de Chanoine à celviy qui fera pourvu par comraiffion de fa 
Prébende : Porte ad dejferviendam Cmonieam iHam...,.Preshyterttm de Capitula 
t uefiro.....mAm:ipahins. Défier vit une Chaaoinie en chantant la grande Me lie 
pat femainc à fon tour > Si en faifant toutes les autres Charges comme les au- 
tres Chanoines, aller les premiers après les Dignicez recevoir des cendres ■$ 
adorer la Croix , baîfer les Reliques ôc autres, n'eft-cë pas être chanoine » 
& cous les raifonnemens vagues des Deffendeurs ne doivent-ils pas , en con- 
fequence y être trairtez de chicanes qui ne méritent aucune attention ; ce- 
pendant ils s'imaginent avoir dit des merveilles > ce qui fait qu'ils en tirent 
toujours des conséquences à leur avantage , quoique fans aucun principe. 

Tel eït l'axiome qu'ils citent dans la page 8. de ladite Requête , fçavoir 
que les deux Chanoines Demandeurs ne peuvent faire corps avec un Cha- 
pitre feculier : J^uia funt difparis conâitiwis &ptffejJ;onis. Si ce prétendu axio- 
me devoir avoir heu en l'affaire dont eft queftion » ce feroit pour s'en fervir 
contre les fieurs du Chapitre , qui par un pur relâchement font déchus de 
l'état canonique dans lequel Us vivoient autrefois y. & ce changement des 
fieurs du Chapitre ne peut préjudicier aux Demandeurs qui continuent d'être 
pourvus par commiflîon de ces deux Canonicats & Prébendes , & qui en 
confequence font de pareille condition que les fieurs du Chapitre , de mê- 
me que les Confei 11ers Clercs dans les Parlemens &: dans les autres Sièges > 
.quoique de différente profeflion , au moment qu'ils font Confei 11ers , font de 
mime condition avec les Confei! lers Laies, & ne font qu'un corps avec eux j 
JSl on doit être d'autant plus furprjs de ce raifonnement grofficr des fieurs du 
Chapitre,, qu'aujourd'huy que le plus grand nombre d'entre eux font Rotu- 
riers j ils allèguent la différence de condition comme un principe inconref- 
table y pour exclure les deux Chanoines de la voix en Chapitre ,& des autres 
droits uiurpez , lorfque leurs predeeefTeurs , qui anciennement étoienr tous 
Nobles^ &. des premières familles de France >. fur tout dans le temps que les 
Evêques êtoient élus d'entre les Chanoines , n'ont pas ctû être deshonorez t 
.d'avoir les deux Chanoines Demandeurs à leur tête. 

Ce moym des Deffendeurs eft donc auffi foible que les autres, auffi n'a- 
t.il jamais été reçu dans le monde , & l'ufage y eft tout contraire i car le Roy 
ayant nommé il y a quelques années un Chanoine Régulier defainte Gene- 
viève, appelle Delaunay, pour être le Chef du Chapitre feculier de faint 
Spire de Corbeil j nonobftant les vaines remontrances des Chanoines fecu- 
liers de ce Chapitre , de qui ùm doute les fieurs du Chapitre ont tiré leur 
prétendue axiome de Difpatu conditionis fjrprefejjionis. Sa Majeflé répondit , 
qu'étant Chanoine régulier de profeflion > en cette qualité il avoit caractère 
pour être de leur corps , & pour les gouverner. 

A cette authentique décifion » les Demandeurs ajoutent l'authorité de 



i'ÀTteft du Confeil du Roy du 10. Mayiépi, produit au procez qui déboute 
avec dépens le Doyen de faint Marcel de Paris , de fon oppofition formée à 
l'exécution de la tranfaftion paflfée entre les Chanoines de ce Chapitre &T les 
Chanoines réguliers de faint Victor , le 12. Juin i6#o. par laquelle Iefdits 
Chanoines de faint Marcel confentoient que Frère Jean Beuzelin , defler- 
vaut la Prébende appartenante à ladite Abbaye dans ladite Eglifc de faint, 
Marcel , & fes fucceffeurs auroient féance & voix deliberative audit Cha- 
pitre de faint Marcel , &; feroient inferits fur la table , pour conférer les Bé- 
néfices à leur tour comme les autres Chanoines. 

Letroifiémc cahier des imprimez des Défendeurs , contient leur première 
Sentence, qu'ils attribuent au Concile de Bafle en datte du 6. Juin 1438. Il 
eft aifé par la lecture de cette pièce qu'ils ont apoftiJé à la marge , de recon- 
ooître le peu d'utilité que les fieurs du Chapitre en peuvent tirer, d'autant 
qu'elle ne fait aucune mention de l'Abbaye de faint Acheul , & qu'elle ne 1 
traitte que des annates appartenantes à l'Abbaye de faint Martin, en énon- 
çant la Prébende qui luy appartient , fans contenir ni demande, ni deffenfes 
explicites, ni jugement decifif , qui ait aucun rapport avec ce qui eft aujour- 
d'huy contefté & contenu dans les douze articles des conclurions des De* 
mandeurs. 

En effet n'eft-il pas abfurde de produire un jugement attribué à un conci- 
liabule fchifmatique , en datte du 6. Juin 1438. aux fins d'empêcher les De- 
mandeurs d'obtenir la réparation d'une infulte commife par leur Doyen , le 
3. Octobre i6$6. plus de deux cens cinquante années après ladite Sentence, . 
aux fins d'empêcher les deux Chanoines Demandeurs , de jouir des augmen- 
tations qui arrivent journellement, & qui font arrivées depuis environ qua- 
tre-vingt ans dans la perception du droit de quotidiaine; dans la perception 
duquel droit il eft évident par l'Acte defdits fieurs du Chapitre de 1143. 
produit, que Iefdits deux Chanoines font égalez aux autres par ces termes : 
hitûbmCanonicis <videlicet fin cl i Acheoli & fancîi Martini de Gemcllis in Bcclefi 
mfira defervientibm cornftttatis > in quo etiam & duos Canonicos quos inflituii 
Iheobaldm Epfcopm > cœteris -velumus pares efic. £t enfin pour les empêcher de 
participer aux diftributions qu'ils gagnent par leur afliftance aux Offices qui 
font journellement fondez , Se qui ont été fondez dans ladite Eglife cache-' 
drale depuis environ quatre- vingt ans, de la participation dcfquelles les fieurs 
du Chapitre les privent d^ leur authorité feule, en les obligeant par une ve- 
xation inotiie , d'affilier aufdits Offices fondez , fous peine d'être pointez , ô£ 
de payer une amende qui eft partagée entre Iefdits fieurs du Chapitre , f..ns 
que Iefdits deux Chanoines ayent leur part des amendes que payent les au* 
très Chanoines pour leur abfence. Une bnéve obfervation fur les apoftiles " 
mifes en marge de cette première Sentence , fera connoîtte l'injufticc & la 
nullité de ce prétendu jug ment informe. 

Par les apoftiles de la première page les fieurs du Chapitre conviennent, 
que c'eft principalement au fujet des Annates que cette fupplique prétendue 
a été prefentée , pourquoy donc dans le temps qu'ils font revenus pir une 
Requête civile contre les trois Arrêtes du Parlement, n'onr-ils point produit 
cette Sentence , pour empêcher d'être déboutez de ladite Requête civile, ic 
condamnez aux dépens, comme ils l'ont été par un quatrième Arreffc du 3. 
Juillet 1644. cela prouve que leurs predeceffeurs n'ont pas fait cas de cette 
pièce fabriquée dans un temps d'un trouble de PEglife, & dans laquelle 
pièce on a énoncé la Prébende perpétuelle , à telle fin que de raifon. 

L'apoftile de la cinquième page demande une obfervation. Les fieurs du 
Chapitre remarquent , que par le mot obituum , les Abbé &: Chanoines de 



faïht'tàarcin demandent les Mefl.es, quoique juicui'a prcfent par ce mot on 
ait entendu les Obits , & non pas des Mefles baflés. Il eft évident que cette 
remarque eft tout-à-fait captieufe; ledit Abbé dit qu'il eft en pofleiïbn de l 
tous les droits qu'il énonce. Il fait cette remontrance pour empêcher les {leurs 
du Chapitre d'ulurper les fruits de la Prébende , comme ils faifoient fon droit 
d''Annate ; Si les Dcftendeurs de cette énumeration des droits , dont ledit 
Abbé dit être en pofidfion , veulent fuppofcr qu'il en fait une demande , en 
difant que par ce mot obituum > il demande les Méfies. L'Auteur de cette 
apoftilc n'y a pas fait afiez de réflexion \ car qui peut douter que les deux, \ 
Ghanoinesy qui doivent être Prêtres aufïi-bien que les deux Theobaldiens , 
pour êcre pourvus de leurs Prebendps , n'euflent le droit de dire les baffes 
Méfiés préfcrablcment à tous les autres Chanoines , dans lefquels la feule 
Tonfure eft requife pour être pourvus des leurs, auffi eft-il expreftemenc 
i porté dans le titre de l'Evêque Thibaut de 11570. par lequel il aérigé les deux . 
Prébendes Sacerdotales , dites Theobaldiennes ; EtMifas majores & pivotas- 
ceiebrare teneantttr. N'eft-il pas furprenant que les fleurs du Chapitre , qui au- > 
trefois negligeoient de fe faire Prêtre , qui même ne refidoient point 3 &: la- 
quelle non refidence alloit à un tel excez, que l'Evcque Guillaume de Maf- 
con fut obligé d'ériger une Prébende fubdiaconalc s afin d'entretenir l'Otïi- 
ee ; voicy les termes de fa lettre de 11^7. Attendîtes igitttr quod Éçclefia n^fim 
Amb'tanenfis poperCanonkorum abfcntiam , qui in if>fa non rejident , net eff^ci 
quôd rejtdeant i» futur um , in Sacerdûtali, Diaconali, & Subdiac&nali fervitiis de~ 
fefîumnw modkum flurics fuH'met & jacJuras , $c> Pendant tout ce temps les 
quatre Chanoines facerdocaux , donc les Demandeurs font les deux premiers^ 
ont par leur exactitude entretenu l'Office divin , &: aujourd'huy que les fleurs • 
du Chapitre , comme les Demandeurs, Font remarqué dans leur Requête de 
production du 6. Aouft 1697. font obligez à la rende nce par les Arrêts du 
Parlement & du Confeil , non feulement manquent de gratitude à l'égard- 
defdits Chanoines facerdotauX , qu'ils tâchent tous les jours de priver de 
leurs droits , mais auffi ils leur dénient leur part des baffes Menés , qu'ils onc 
plus de droit d'acquitter que les autres Chanoines. 

L'apoftile de la feptiéme page n'eft pas moins fuppofce. La remarque des 
fieurs du Chapitre eft , que les demandes y exprimées , font les mêmes que 
font aujourd'huy les Religieux des Abbayes de faint Acheul & de S. Mar- , 
tin, pour montrer la faufleté de cette apoftile , il ne faut que faire comparai- 
son des douze articles des conclurions des Demandeurs , 5c voir s'il y a au- 
cune de ces demandes contenues dans cet amas de mots mal digérez , que 
les DefFendeurs même ne comprennent pas » Se dans lequel on entrevoit , 
'qu'il s'agiilbit des Annates dont on ne recevoir point les fruits dans unie pa- 
reille égalité qu'on recevoit ceux de la Prébende; Se comment ces deman- 
des euflent été les mêmes que les Demandeurs font aujourd'huy , puis qu'ils 
demandent principalement des augmentations avenues depuis environ qua- 
tre* vingt ans , qu'ils gagnent comme les autres Chanoines par leurs aflift an- 
ces. 

Pour marquer la nullité de cette prétendue Sentence , Se faire connoître 
évidemment qu'elle a été concertée avec les Chanoines feculiers qui ont 
rendu ce jugement tout- à-fait informe , il ne faut que faire attention au con- 
tenu de la dix-feptiéme page , dans laquelle , par l'apoftile qui eft en mar- 
ge j font les fins ô£ conclufions prifes par lefdits fieurs du Chapitre, qui de 
leur ftile ordinaire, Se contraire àceluy de leurs predeceffeuts , traittent les 
Demandeurs de Moines , contre l'ufage univerfet de tous les Conciles légi- 
times , Se ils allèguent pour toutes deffences , qu'il eft faux que l'Abbé de 

faint 



faint Martin aie le droit d'annate , &c une Prébende dans l'Eglife cathédrale 
d'Amiens , que ce qu'il avance touchant la diminution dudit droit qu'il dit 
hiy appartenir , eft encore fauxi &c ainfî ils requièrent qu'on luy impofe un 
perpétuel fil en ce. Super pr.<tenfa fruffuum& proventuum annualium prMcnforum 
fmgularum prebendamm pro tempère in diiia Ecclefia Ambianenfi vacant ium , ae 
offert d prebendœ fier petit* quam ipfi Abbas » Convint m & Monachi in eâdem Ec- 

clefia fi/so obtinere afferunt pe rpetuum Jï lent ium imponendum fore , dr per vos 

imponi. Voila des deffences tout-à-favt bien digérées , & qui vont faire le 
fondement d'un jugement que les Défendeurs ont tant precomfé , qui ce- 
pendant ne dit rien, & ne peut en aucune manière fervir , ni préjudicier à 
aucune des parties , fi ce n'cîl pour faire connaître la mauvaife foy des fleurs 
du Chapitre , qui i'e veulent autorifer d'une fauiTccé. Car que refulte-t-ÎI 
de cette Sentence, finon que l'Abbé & les Chanoines de faint Martin ont 
reprefenté qu'ils joiiifibient du droit donnâtes en pareille ^ffilité que d'une (4* 
Prébende qu'ils ont dans l'Eglife d'Amiens. Les fleurs du Chapitre quin'he- 
fitent jamais , répliquent que cela eft faux , F a Isa obtinere ajferunt. Que pro- 
noncent ces prétendus Juges; Ils impofentun filcnce perpétuel à l'Abbé &: 
aux Chanoines de faint Martin , Ferpetuum JUentium imponendum fore & im~ 
p animas. Voila des Juges comme il en faut aux fleurs du Chapitre , & s'ils 
pouvoient, ils meteroient cette forte de procédure en ufage, d'autant qu'elle 
abrégerait les procez , ils en feroient quittes pour dire , que le contenu des 
demandes de leurs parties fcroit faux : Faisb obtinere ajferunt , & qu'ainfl on 
leur impofa filence. Il ne faut point d'autres preuves de la nullité de cette 
pièce , qui doit être rejettée comme illicite , inique , & citée mal-à*propos. 

Les deux autres Sentences attribuées au Concile de Bâle , dont l'une eft 
du 12. Décembre 14 ,S. &: l'autre du %$. Avril 1459. confirmatîve delà pre- 
mière, ne contiennent qu'un amas de mots mal digérez. , qui ne méritent au- 
cune reflexion. Elles font le quatrième, & le commencement du cinquième 
cahier des imprimez des Dcrïcndeurs, qui ont joint à la troifieme Sentence 
un extrait de la Bulle du Pape Nicolas V. avec des reflexions fur les pièces 
précédentes. 

Les Sieurs Deffendcurs qui font en polTeflion d'en impofer, commencent 
ces fubtiles reflexions par dire , que ces trois Sentences étant toutes conformes , 
gaffent en force de chofe s jugées ; aufjl ont-elles fervi de règles aux parties juffuà 
prefent. 

Le contraire de ce qu'avancent les Sieurs du Chapitre eft tout- à- fait ma- 
nifefte , puifque les Demandeurs n'ont jamais eu d'autres conteftations éh 
jufticc avec eux fur le fait des Prébendes , qu'au lu jet de la première place 
que les deux Chanoines font en poffeflion depuis environ fix cens ans, d'a- 
voir dans l'Eglife, immédiatement après les Dignitez. Car lefdits Sieurs du 
Chapirre ayant voulu en i6zi, interrompre cette polTeflion , ils furent dé- 
boutez de leur injufte prétention avec dépens , la recreance adjugée aux De- 
mandeurs , fauf à eux à le pourvoir au petitoirc , ce qu'ils n'ont ofé faire de- 
puis un fi long-temps : Ainfi voîlà le premier effet, &c le premier règlement 
qu'auroit pu produire ces Sentences , qui eft au defavantage des Dcrfen- 
deurs. 

L'autre unique cas dans lequel l'Abbaye de S Martin a eu conteftatioh 
avec les Sieurs du Chapitre, & dans lequel les prétendues Sentences auroïent 
pu fervir de règle , eft au fujet du droit d'annates, que lefdits Défendeurs 
doivent, comme on l'a déjà dit, à cette Abbaye à chaque mutation de leurs 
Prébendes , & duquel droit les Sieurs Abbez de S. Martin ayant requis aug- 
mentation a raifon des nouvelles fondations , ainfi qu'on pourra encore la 

E 



...i8 

demander m premier joui: à raifon des fondations faites depuis la dernière 
augmentation ; les Sieurs du Chapitre qui ne voulurent pas acquiefeer à la 
demande du Sieur Abbé de S. Martin, furent condamnez par les Arrefts du 
Parlement en datte du z$. Décembre i»7*. & 4. Mars 1581. lefquels furent 
confirmez par celuy du 6. Aouft: 1650. contre lefquels trois Arreits étant re- 
venus à la charge par une Requête civile, fans jamais ofer oppofer leurs Sen- 
tences qui traitent principalement de ce droit, ils furent folemnellement 
condamnez avec dépens par l'Arrcft du 9. Juillet 1544. Ainfi il eft notoire 
que les Sentences de Bâle n'ont jamais fervi de règle aux pairies. D'où l'on 
connoît que cette première reflexion 'a été faite à la légère , &c qu'elle eft 
tout-à-fait contraire à fes auteurs j car encore une fois comment auroicnt-el' 
les fervî de règle aux parties, puis que l'Abbaye de S. Acheul n'eft pas une 
feule fois nommée, 
t* ^ La féconde reflexion contenue dans ce cahier des imprimez des Sieurs du 
Chapitre , n'eft pas moins fuppofée que la première ; car pour faire valider 
lefdites Sentences , & prouver qu'elles ont été rendues par le Concile de 
Bile lors de fa tenue légitime, ils allèguent qu'elles font anserieures à la dé- 
pofition du Pape Eugène IV. qui arriva en la trente- quatrième feflion tenue 
le 25. Juin 1439. po (le ri eu renient à leur première Sentence, qui eft du 6. 
Juin 143 S. Cette réflexion fait connoîcrc que les vues des Sieurs du Chapitre 
ïont bien courtes, d'ofer rapporter des preuves & des raifonnemens fifoibles 
pour foâtenir leur mauvaife caufe. Sans doute que les auteurs de cette ré- 
flexion ignorent ce que c'eft qu'un Schifme , pour vouloir perfuader qu'il fe 
forme dans l'Eglifc en un jour , & que la première action de ce Schifme a éijé 
la depofition du Pape. Comme un tel rationnement eft rempli d'abfurditez , 
il faut qu'ils confententà la fupprefllon de cette reflexion peu fpirituelle, $c 
que pour foûtenir leur raifonnemciu , ils avouent qu'ils Auraient dû faire 
connoître , que le Concile de Florence n*a commence à Ferare qu'après leur 
dernière Sentence de 143p. & que les Evêques qui ont digéré la Pragmati- 
que Sanction , ne fe font aflemblczà Bourges qu'en ladite année 1435- ce qui 
eft manifeftement faux , puifque le Concile de Florence qui a fuccedé à celuy 
de Bafle, a commencé par la première Seflîon à laquelle le Pape Eugène 
IV. & l'Empereur affifterent le 8. Avril 14 8. & que les Evêques aflemblez 
à Bourges ont formé la Pragmatique Sanction beaucoup, avant ce temps , 
puis qu'elle fut publiée par manière de Déclaration du Roy Charles Vil. 
dés le 7. Juillet 1458, laquelle publication n'a été faite qu'après une icvifion 
&ç approbation de ces Ordonnances faites par le Roy &: fon Confeil long- 
temps avant le 6. Juin 1458 qui eft le jour de la datte de la première Sen- 
tence des ûeurs du Chapitre, ce qui fait connoître que lefdites Sentences, 
donc ia première eft dudir jour 6, Juin (438. font pofterieurcs, &au Concile 
légitime de Bafle > &c à la Pragmatique. 

Une troifiéme reflexion des fleurs du Chapitre , aufïî peu fol i de que les 
précédentes , eft d'aceufer les Demandeurs de renouveller les anciennes 
quercles, enrejettant le Concile de B fle, pour lequel tout bon François a une 
finguliere vénération, cette reflexion des Deffendeurs eft tout £,- fait contraire 
à la, vérité j car non feulement ils fuppofent un renouvellemnc de querelles 
anciennes, qui ne furent jamais >mais aufli après avoir voulu interefîer toute 
l'Eglife dans leur ufurpation par les Sentences qu'ils attribuent à un Con- 
cile qui étoit fini , maintenant ils femblent vouloir interefîer toute la na- 
tion, fans f ir,e reflexion qu'ils prononcent leur propre condamnation; car 
û tout bon François a une finguliere vénération pour ce Concile , pourquey 
. par des ulagcs abuiifs marquent-ils un inépris iingulier des décifions de ce 



même Concile j ainfi que les Demandeurs J'ont remarqué dans les pages 
45. & 46. de leur Requête imprimée j ôcil faut que par leur propre raifon. 
nemenc ils conviennent qu'ils ne font point bons François, & qu'ils s'expo- 
fent à être recherchez fur le fait de leurs ufages contraires au Concile lé- 
gitime de Balle , & à la Pragmatique , qui fervent en France de règles aux- 
quelles les Demandeurs, comme très- bons François j ont toujours tâché 
de fe conformer. 

Après avoir fait remarquer le peu de folidité de ces reflexions des fieurs 
du Chapitre » les Demandeurs en feront une fur leur imprimé de l'extrait 
de la Bulle du Pape Nicolas V, qui n'a que pour le bien de la paix , approu- 
vé les provifions données des Evêchez et des autres Bénéfices dans le temps 
du fchifme , ce qui autrement auroic caufé dans l'Bglife une confufion plus 
grande que le fchifme même » en rejettant d'ailleurs les Actes de ce faux 
Concile» qui n'étoient point fondez fur les Décrets des Conciles préce- 
dens i car il n'eft pas nouveau que de faux Conciles ayent fait de bons rc- 
glemens » tel a été le faux Concile tenu à Antiochepar les Ariens en 34L 
dans lequel les Evêques de cette fa&ion ayant depofé faint Athanafe , firent 
de très-bons reglemens pour la police de l'tglife, qui depuis ont été reçus j 
mais jamais le Pape Nicolas V. n'a prétendu approuver les Sentences rap- 
portées par les Deffendeurs , tout-à-fait informes & contraires à la juftice 
et au bon fens , qui ne contiennent aucun jugement decifif , & qui en effet 
n'en pouvoient contenir en l'affaire dont elt quelHon , qui n'étoit , & ne 
. pouvoit être de la compétence d'un Concile même légitime: au contraire 
la Bulle de ce Pape dont les Deffendeurs ont rapporté un extrait tronqué» 
renferme leur condamnation i car après, comme on l'a ditcy-delîus, avoir 
approuvé toutes les provifions des Bénéfices , il caiTe en plufieurs endroits 
de la Bulle» tous les jugemens rendus par ledit Concile » de laquelle Bulle 
on rapportera ce feul extrait , qni doit confondre l'opiniâtretéavec laquelle 
les fieurs du Chapitre s'attachent à un titre auffi foible » que le font ces 
Sentences , pour ufurper le bien des Demandeurs. Necnon diffmitivas , ejr 
alias ctiam gu£ in rem tranfierunt judicatam , fuper Ecclejîù [& <*/*« pnmijf-s in 
B émana Curià , vel alias ubicttmqtte coutradictes pejftjfe-rcs pr&mulgatas je Men- 
ti as , ejr qttacumque inde fecuta 3 pradiclis mot u & Jcientia ac plenitudine ,pro b&- 
no pacis & unionis prxdiffamm caffamus , irritamus , & annullamus , accâjj'a^ ir* 
ri ta , infecta , nuUaque & mania , ac viribus vacua déclara mus & denuntiamus. 
II faudroit rapporter toute la Bulle , pour faire connoîcre combien elle cft 
oppofée aux confequ en ces fop Indiques des fieurs du Chapitre * qui tâchant 
de s'accrocher à quelque chofe , ont déjà plus d'une fois cité des titres qui 
leur font tout-à-fait contraires. 

Il ne fera pas mal-à-propos de faire une cbfcrvation fur la fierté 8t h 
hauteur avec lefquelles les fieurs du Chapitre d'Amiens traittent les Deman- 
deurs dans leurs écritures» car noncontens des injures groflieres dont ils fe 
font fervis contre eux , fur tout dans leurs defFences du ,7. Janvier 1697. 
fur lefquelles l'Avocat des Demandeurs a fait quelque attention dans leur 
Requête de production du 6. Aoult de ladite année 1697. non pour repouffer 
ces injures pleines de calomnies par d'autres injures » mais pour faire re- 
marquer charitablement aux Deffendeurs les excez dans lefquels la paflïoii 
de la jaloufic & de l'intereft les emportoic » defquelles remontrances ledits 
fieurs du Chapitre demandent juftice comme d'un attentat dans le fixiéme 
cahier de leurs imprimez , en aceufant les Demandeurs en la page quatre, 
de les avoir traitté avec des manières outrageantes , & en difant en fa page <J 
e^ssese. » qu'il y a fujet de s'étonner que les Demandeurs difent des injures 
atroces au Chapitre d'Amiens. 



y 



C'efrYainfi'qtfe fans rapporter une de ces prétendues injures , les Deffen- 
deurs tâchent d'en impofer & de prévenir le monde contre les Deman- 
deurs j qui fans doute auroient été accufez de ftupidité, s'ils avoient tu cer- 
taines vc'ritez qui établirent leur bon droit , & que les fleurs du Chapitre , 
durs à l'égard mêmes de leurs confrères, traitent d'injures atroces. 

On ne rapportera point icy les termes injurieux dontlefdks fieurs Def- 
fendeurs fe (ont fervis dans leurs deffences, par le ffcile defquels il eftaifé de 
reconnaître qu'ils en font les auteurs , on fe contentera de faire remarquer 
que par mépris ils affectent de traiter les deux Chanoines , de petits Frères 
émancipez, > de Frères révoltez, » de Frères defervans , en relevant fou vent cette 
qualité de Frère , à deffein de les rendre méprifables , fans faire attention 
qu'ils fe raviliflent eux-mêmes , & qu'ils vérifient ce que faint Augultin a 
dit de leurs fcmblables dans fon Commentaire fur le Pfeaume 131. infultant 
namimunitatis , qttife ah unitate preciderunt. Et en effet il n'y a que très peu 
d'années que les fieurs du Chapitre rejettent cette qualité , fi chérie dans 
l'antiquité , que les Canons dans tous les fiecles ont fait porter aux Evêques 
& aux Prêtres, en forte que lorfque quelque Evêque ou Prêtre avoit com- 

. mis quelque faute confiderable, on le déclarait coupable à l'égard de Dieu 
& defes Frères, c'elt-à dire , des Clercs : Reus Divinitatis & fraternitatis. 
Qualité révérée dans le Chapitre d'Amiens , dont les titres font porter aux 
Deffendeurs la qualité de Fratres Almi M art iris Firmini , aufquels pour fouf- 

. cription ils ont toujours mis , Confenfu fingulorum Fratrum nofirorum. II n'y a 
donc que- les perfonnes relâchées de c ecorps qui ont des fentirnens fi éloi- 
gnez de ceux qu'ils devraient avoir , & à qui par charité on adreflera en- 
core cette reflexion de Jean Molan célèbre Théologien mort en 15S5. qui 
parunfage retour fur luy-même & fur la conduite des Chanoines de fon 
temps, difoic, liv. 1. de Canonicis. Animadvertamus quantum diftamm a prif- 
fis illis Canonicis quibm hoc nomen À régula fumptum ejr , cujm cum ejîent obfer- 
vantifjlmi , malebant humilioribus vocabuiis , C 1er ici & fratris dici , quam à ta- 

. nonic.t vite obfervatione , Canonici appellari , his indigni fumus qui communere- 
mur , Jhenim nofirorum tempornm Canonicis antiquos Canones objicere vellem , de 
obedientia fub Epifcopo , de commun i dormitorio , communi menfa , éf frugali 
viéfu & potu -, claujlrali Conventu , & aliisnonnullis eo pertinent ibus 7 ver corne À 

_ muttis audirem , hxc nunc non Canones ,Jedpateœs effe. 

II ferait affez aifé à l'Avocat des Demandeurs d'appuyer cette réflexion 
de ce digne Chanoine par une infinité d'autres tirées des écrits des pieux 
Chanoines & des fçavans Ecrivains des derniers fiecles j mais comme elles 
ne ferviroient qu'à donner de la confufion aux Frères du glorieux Martyr 
faint Firmin , il fe contentera de leur dire , qu'il cft tres-peu édifiant , & 
même fcandaleux , qu'ils dédaignent de porter le nom de Frères , donné aux 
Apôtres par Jefus-Chrilè même, & qu'une tradition confiante fait portera 
tous les Clercs , & qu'on efl furpris qu'ils font gloire de leur relâchement, 
en prenant occafion de meprifer les Demandeurs , de ce qu'ils ont perfevé- 
ré dans les obfervances du premier état des Clercs & des Chanoines , que 
les Deffendeurs traitent maintenant de pratiques Monachales , que l'amour 
de la propriété & de l'intereft leur ont fait quitter. 

Il ne faut donc plus s'étonner de ce que pluficurs perfonnes d'efprit Se de 
probité ont en vain reprefenté aux fieurs du Chapitre , que les deux Cha- 
noines réguliers , commis par les Abbayes à la deflerte des deux Canonicats 
en queftion , font d'honnêtes familles , qu'ils n'ont pas moins de mérite 
qu'eux» qu'ils font gens de probité, que par leurs alliances ils ont autant 
de droit à la dil tribut ion des Obits que les autres Chanoines , qu'ils font les 

deux 



2Ï 

deux premiers Chanoines fa cer do taux de leur Egttiè , & qu'en cette qualité 
ils ont par tout le rang &; Je pas au deiTus d'eux \ les fleurs Deffcndeurs 
croyent renverier les eonfequences qui s'enfuivent de ces réflexions fi judi- 
cieuses , en difànt uniquement qu'ils font des Moines , failant connoître 
combien ils font éloignez de la difpoficion d efprit dans laqueilcétoit Hervé 
Chanoine & Doyen de faint Martin de Tours, dont Glaber célèbre Hifto- 
rien dit dans le chap. 4. du troifiémeliv. de fon Hiitoire: Sufcefta quifpcetfi 
coâÛm Ealejïx cura , vefleque albâ tccfm mûre cânonko ; mentent tamen, ac vitam 
pojfedit mouachaiem. 

Les Sieurs du Chapitre pour fortifier les raifonnemens fuppofez de leurs 
précédons cahiers , ont ajouté à leur imprimé un Sixième cahier > qui con- 
tient les exemples des Egliles ou les confrères de. Demandeurs ont de Sem- 
blables Canonicats & Prébendes , qu'ils rapportent à leur manière , com- 
me fi tous les titres des donations étaient tcmblables, & comme fU'ufurpa- 
tion des autres pouvoit autorifer la leur. 

Comme l'intention des Deffendcurs dans la citation de ces exemples , 
pleine de faulîes iuppofitions , eit d'engager les Demandeurs à des redites , 
on paffera légèrement fur chacun de ces exemples. 

i° A l'égard des fix Prébendes de l'Eglife de Paris > qu'ils apportent pour 
exemple , ils n'en peuvent tirer aucunes inductions à leur avantage > parce 
que les fix Eglifes à qui elles appartiennent font encore en procez avec le 
Chapitre de Paris , outre que les titres font différents, ôc que ces Canoni- 
cats & Prébendes lont deifqrvies par des Vicaires qui peuvent refigner ces 
Vicareries, & que lefdits Vicaires nefont pas tirez du corps des Chapitres 
des EglHès à qui lefdites Prébendes appartiennent. 

i°. .L'exemple rapporté du Prieur de faint George, marque que les Def- 
fendeurs agiffent demauvaiië foy, ou qu'ils ont eu de faux mémoires , puif- 
que le Prieur de faint George n'eft que Chanoine honoraire de l'Eglife de 
Troye, qu'en cette qualité il peut faire la femaine à fon tour , pendant la- 
quelle feulement il reçoit (es rétributions , fans être fujet à être pointé 1 
n'affiïfcant qu'autant qu'il luy plaît > & comme le revenu de fon Prieuré ex- 
cède deux fois celuy des Chanoines de Troyes » ils luy ont fait plufieurs fois 
la propofition , que s'il vouloit le mettre dans la marie commune , il auroit 
voix en Chapitre , & joiïiroit de tous les droits de l'Egiile comme les autres 
Chanoines , defquels offres il les a remerciez , ne voulant point achetter 
des Charges dont il eft exempt , qui dans laluite luy leroient peut-être une 
occafion de procez. 

3 . L'exemple que les fieurs du Chapitre veulent tirer du Canonicat que 
l'Abbaye de faint Loup de Troyes a dans l'Eglife collégiale de S. Eftienne» 
ne leur eft pas plus avantageux , puifque le Chanoine régulier qui ledeflert, 
perçoit le revenu entier comme les autres Chanoines j & que s'il ne jouit 
pas de tous les honneurs comme les autres , c'eltque , ou fon titre eft diffé- 
rent , ou que comme eux, ce Chapitre a ufurpé une partie des droits dudit 
Canonicat. 

Les fieurs du Chapitre qui ne tendent qu'à Surprendre le monde par un 
esdroit apparent , rapportent pour quatrième exemple celuy des Religieux 
Bénédictins de faint Nicolas d'Acy , qui ont une Prébende dans l'Eglife Ca- 
thédrale de Senlis. Les inductions qu'on peut tirer de cet exemple font en- 
tièrement contraires aux Deffcndeurs ; carie Chapitre de Senlis ayant vou- 
lu obliger lefdits Religieux à mettre un Vicaire dans ladite Eglife cathé- 
drale, ils en furent déboutez par Arrelt du Parlement du mois de Décem- 
bre 15^6. 8c lefdits Religieux maintenus dans tous les droits utils , Se dans 

F 



"\ 



11 

les droits honorifiques quiarriveroient dans leur femaine » qu'ils font à leur 
tour comme les autres Chanoines , & qui cil la feule charge dont ils font te- 
nus , pour preuve dequoy les Demandeurs rapporteront icy les di&ums des 
deux Arreits rendus en faveur defdits Religieux , dont les coppies font pro- 
duites au procez : voicy le premier. Surquoy la Cour ordonne que lefdits Re~ 
ligieux de faint Nicolas ne pourront être contraints d'avoir Vicaire en ladite Eglt fi 
de Sentis ^ponr dejfervir leur Prébende ^y faire manfiou ou demeure , ni autre fer- 
vice ijtue de coutume 5 feront leur femaine , tant à la Méfie que es heures , garderont 
leur Chœur en leur ordre , chanteront V Invitât oire les grandes Fêtes , e [quelles il fe 
chante à quatre — leur fera dénoncé en la mai f on de faint Nicolas au Prieur ou aux 
Religieux , quand les chanoines avec lefquels ils feront afjigncz, four les fruits de 
ieurdite Prébende , voudront compter enfemble , afin d'y afiificr , jouiront entière- 
ment de Ieurdite Prébende en telle égalité , liberté , prérogative 3 & ainfi que les 
autres Chanoines ,foit en gros fruits , distributions manuelles des Matines , Heures^ 
Meffes f obits , deniers qui Je baillent en faifant les baux à ferme , bois de chaufage t 
prez, qui fe louent aux Chanoines „ & tous autres profits ejr émolumens ajfcélez, aux 
Prebtndes , ejrc. Le /dits fieurs du Chapitre de Senlis condamnez, aux dépens. 

Comme les fieurs du Chapitre de Senlis ne fe rendirent pas entièrement 
à ce premier Arreit , les Religieux de S. Nicolas obtinrent celuy du 5. Juillet 
1597. qui ordonne : J^ue les Religieux commis par la Communauté de S. Nicolas 
d'Acy , pour deffcrvir la Prébende qu'ils ont dans ladite Eglife de Notre-Dame , ne 
feront tenus d'aucuns firvices extraordinaires > ni mis a la 'Table étant an Chœur , 
finon a leur tour dr ordre pendant leur fewajn.e , comjne l'un des autres chanoines , 
duquel fervice , eux ejr le Religieux commis , en cas de maladie , ou légitime empê- 
chement , en feront exeufez, , ejf néanmoins feront tenus pour prcfèns aux jours con- 
tenus aux fiatuts de ladite Eglife t ejf ne pourra être ledit Religieux contraint hors 
la femaine , d'afiifier aux Matines qui feront dites de nuit , & feront tenus les Def- 
fendeurs de faire fignifier aux Demandeurs en la mai f on de S. Nicolas d'Acy , Le 
jour i l'heure ejf te lieu qu'ils voudront prendre pour procéder à la partition & dif- 
t ri but ion du revenu des Prébendes de ladite Eglife , enfemble l'audition des comp- 
tes t lefquels Défendeurs ,pour fafiifiance des autres chanoines & ajfemblées capitu- 
la ires y ne pourront mettre ni impofer aucunes charges nouvelles fur le revenu de 
ladite Eglife an préjudice des Demandeurs. 

Voilà de ces exemples que les fieurs du Chapitre difent être à leur avan- 
tage , mais qui en effet font leur condamnation > puifque les Religieux Bé- 
nédictins , qui à caufe de leur profellion monaitique » ont été déchargez de 
defTervir par eux-mêmes & par un Vicaire, ne laiilènt pas de percevoir tous 
les fruits de leur Prébende , en telle égalité , liberté , & prérogative que les au- 
tres Chanoines, A plus forte raifon les Demandeurs qui deflerveint par eux- 
mêmes» percevront- ils lefdks droits. 

Et pour convaincre lefdits fieurs du Chapitre, qui fe font bien gardez de 
rapporter l'exemple de l'Abbaye de S. Vincent , qui a dans Tfcglife cathé- 
drale de ladite Ville , & dans chacune des deux Eglifes collégiales dudit 
Senlis, un Canon icac & Prébende dont les confrères des Demandeurs qui 
en font pourvus par commifïïon » jouifient de tous les dr«its utils & hono- 
rifiques, pour preuve dequoy les Demandeurs rapporteront icy un extrait 
des jugemens rendus en faveur defdits Chanoines réguliers. 

JLe premier fera le di&um de l' Arreft du Parlement du 26. Janvier 1668. 
par lequel le Chapitre de Senlis , qui a voit par une vexation femblable à 
celle des Deffendeurs, réduit le Frère Jean Gaucher au rang des Vicaires 
& des Semiprebendez , fut pleinement condamné par ces termes dudit 
Arreft produit au procez. Surquoy la Cour par fon jugement ordonne , que fui- 



2-3 

vant la TranfaBion de 1219. ledit Gaucher jouira de tous les droits , prérogatives t 
revenus > <jr émolument de plein Chanoine , Cr que tant au Chœur qu'au Chapitre , 
hrs qu'il y échoira pour la reddition des comptes, & qu'il y fera mandé pour d'autres 
affaires , // aura rang crfceance du jour qu'il a été injlalé dans ladite Eglijè , fait 
deffences aux Chanoines & Chapitre de l'y troubler , & de rendre çjr examiner au- 
cuns comptes , qu'en la prefence du dit Gaucher ,' eu qu'il y ait été mandé: néanmoins 
à la charge que ledit Gaucher ne pourra prejider au Chœur ni an Chapitre , & qu'il 
y aura toujours un Chanoine aji'is au de/fus de luy , condamne les Chanoines & cha- 
pitre en tom les dépens , tant envers ledit Gaucher , que les Religieux de l'Jbbayt 
de S, Vincent , même ceux refervez, par V Arreft du 3. Juillet 1666. Et fans ie 
contenu de ladite Tranfaction de 12,151. qui raifoit reitriction de la Prefiden- 
cc au Chœur , & de la voix en Chapitre > ledit Gaucher auroit obtenu d'eu 
jouir comme les autres Chanoines. 

Le Chapitre de S. Kicul de ladite ville , après la condamnation du Cha- 
pitre de la Cathédrale, confentit par transaction , qu'il feroit trop long de 
rapporter icy dans les propres termes, que le Commis ou Député de l'Ab- 
baye de S. Vincent & les iucceileurs joùiroienc de tous les droits des Cha- 
noines , de la voix en Chapitre, de la nomination aux Bénéfices & autres en 
pareille égilité que les autres Chanoines. 

Le Chapitre de faint Franbourg de ladite Ville ne s'étant point voulu 
rendre à l'exemple de celuy de S. Kieul , fut condamné par Sentence arbi- 
trale rendue par trois anciens Avocats en faveur de ladite Abbaye de faint 
Vincent , en datte du ify-£ft&*tà*t*i£y±àQnt voicy la teneur du jugement. 
Difons , que le Religieux de S, Vincent de fermant la Prébende de ladite Eglifc de 
faint Franbourg , aura entrée ey voix de liber ative es af emblée s qui Je font chaque 

Jemaine pour les affaires dudit Chapitre , &rang en iceluy du jour déjà réception 

qu'il nommera aux Bénéfices qui viendront à vaquer dans le mois qui luy fera af 
Jtgné , (j- qu'à cet effet fon nom fera mis a la table comme celuy des autres Chanoi- 
nes de ladite Eglijè, 

L'exemple de 1 Eglife de faint Cloud rapporté en cinquième lieu par les 
fleurs du Chapitre > ne peut fervir qu'à les condamner. II ne faut que lire 
1" Arreft du Confcil du Roy du 10. May 165? 1 . produit au procez , par lequel 
le Doyen de S. Marcel de Paris elt débouté de fon oppoiïtion à l'exécution 
de la Tranfaction , par laquelle fon Chapitre avoit confenti à ce que le Cha- 
noine commis par le Chapitre de faint Victor , jouit du droit de la voix en 
Chapitre » de la nomination aux Bénéfices , ainfi qu'en joui lient les autres 
commis ou députez de ladite Abbaye dans les Eglifcs de faine Martin de 
Charnpeau , de faint Cloud &; de faint Spire de Corbeil > exemples qui font 
tous repris dans les qualitez dudit Arreit. 

Les Défendeurs qui ont donné dans le cours de ce procez cent preuves 
de leurs méprifes, citent à faux tous ces exemples, ainfi qu'on le fait con- 
noître i 5c en continuant leurs prétendues preuves , ils rapportent en fixiéme 
&feptiéme lieu l'exemple des Eglîfes cathédrales de Chartres &de Meauxj 
à l'égard du premier , il elt tres-faux que l'Eglife de faint Jean de Char- 
tres , faflTe defTervir aucune Prébende dans l'Eglile cathédrale, fi ladite Ab- 
baye jouit de quelques droits , c'eiè en conlequence des Concordats fie Tran- 
fadions paffees entre les Parties , comme il le pratique encore à Châaions 
& ailleurs, qui font des cas tous différents. 

Le fécond de ces deux exemples marque que les ficurs du Chapitre ont 
été mal fervis en efpions , en attribuant un Canonicat & Prébende à l'Hô- 
tel Dieu de Meaux , qui eft un petit Hôpital de Filles , s'ils étoient plus 
exacts dans leurs perquifitions ,ils auroient appris que l'AbbayedeChaages 



de ladite ville i deflervie par des Chanoines réguliers , commet dans l'E- 
glife cathédrale dudit M eaux un de Tes Chanoines , pour deflervir Je Cano- 
nicac 6c Prébende qui lu y appartient; , dont il tire fix on fept cens livres de 
revenu , Ce le Chapitre de ladite Abbaye efpere , que lors qu'il formera fa 
demande en juftice, il obtiendra une égalité aux autres Chanoines dans 
tous les droits, 

Les Défendeurs pour huitième exemple rapportent celuy de l'Abbaye 
de faint Quentin de Beauvais , qui eft une preuve authentique de leur mau- 
vaise foy j car étant fur les lieux, il n'a tenu qu'à leurs iolliciteurs d'ap- 
prendre , non ce qu'ils en rapportent fauffement , niais qu'il y a deux Cba- 
noines réguliers députez de ladite Abbaye dans l'Eglife cathédrale de ladite 
ville , que l'un deflert un Canonicat & Prébende , qu'on l'appelle Prieur de 
la Chambre > qu'il prend poffeiïion , qu'il eft inltalé en fa place , & enfin 
qu'il joiiit de tous les droits utils jufqu'aux Sellions capitulaires, même des 
droits donnez pour l'entretien des maHons canoniales , & qu'il eft appelle 
dans tous les Chapitres en fon rang , comme les autres Chanoines j Que 
l'autre a une place différente , qu'il deflert pour le droit d'Annates , dû 
par ce Chapitre à ladite Abbaye , dont la donation eft beaucoup pofterîeure 
à celle de la Prébende ; & enfin qu'au fujet de l'un & de l'autre il y a pro- 
cez pendant au Parlement: ainfi cet exemple ne fera pas plus utile que 
les autres aux Deffendeurs, qui rapportent enfuite celuy de S. Quentin en 
Vermandois. 

La preuve que les fleurs du Cha^itYé^éwtotfènt*tirer de l'exemple des 
Canonicat & Prébende que ladite Abbaye de S. Quentin de Beauvais a 
dans l'Eglife de S. Quentin en Vermandois , fournit des inductions toutes 
oppofees à celles qu'ils prétendent tirer , & ce qu'ils difent être obfervé » 
eft juftement ce qui a été condamné par l' Arreft du Parlement rendu le 30". 
Mars 1680. en faveur de Frère Danneau Chanoine régulier del'Abbayede 
S. Quentin de Beauvais , qui alors étoit Vicaire , & commis pour deflervir 
le Canonicat & Prébende que ladite Abbaye a droit de faire deflervir dans 
l'Eglife de S. Quentin en Vermandois , & lequel commis ou Vicaire 
de ladite Abbave avoic été réduit par les Chanoines de ladite Eglïfe au 
rang de leurs Vicaires , après l'avoir privé de la plus grande partie dés 
droits de (on Canonicat, Voicy le di&um dudit Arreft: La Cour faifant droit 
, fur le tout , a ordonné & ordonne que ledit Danneau jouira du jour de fa réception 
de ta place dr rang au Chœur de ladite Eglifè de S. Quentin par my les Chanoines- 
frêtres de ladite Eglïfe , de l'intabulation four l'Office , dans les fe mai nés a fon 
tour , célébrera la Meffe foie mne lie de l'Invention de S- Quentin le jour de faint 
Jean-Bapttïte , fins qu'il fait befoin de commifùon de l'Abbé , comme auffi jouira, 
des feffions capitulaires , droits fèigneuriaux , nomination aux Benefces , comme 
les autres Chanoines Prêtres , fans toutefois que ledit Danneau puiffe avoir entrée * 
ni voix délibérât ve au Chapitre , aura néanmoins ledit Danneau communication 
des billets ér partitions r pour en être par luy pris un à fon choix , avant qu'ils foie, t 
dijtribuez, aux autres Chanoines , effur le fur plus des demandes , enfemble fur l'ap- 
pel & oppojition dudit Danneau a mis & met les parties hors de cour Q" de procez*. 

On reconnott par ce jugement que la Cour a donné au Chanoine de 
l'Abbaye de faint Quentin , le droit d'Officier le jour de l'Invention de 
faint Quentin , preferablement à tous les autres Chanoines , d'où il eft aifé 
de conjecturer , que s'il n'a pas obtenu la voix en Chapitre, c'étoit en con- 
fequence de quelque ancien concordat , encore a-t-il le choix des billets & 
partitions avant tous les autres Chanoines. 

Les inductions qu'ils prétendent tirer de la Prébende qu'ils difent que le 

Prieuré 



Prieuré d'Efibncs , Ordre de faim Bcnoilt » a dans l'Eglife de faint Spire de 
Corbcil , ne reviennent point à l'affaire » elles font détruites par l'exemple 
du Chanoine régulier , commis par l'Abbaye de faint Victor de Paris , qui 
deflert dans ladite Eglife un Canonicatôd Prébende , & qui jouit de tous les 
droits utils fc honorifiques comme les autres Chanoines. 

Enfin leur exemple tiré de l'Eg^fe collégiale de faint Firmin d'Amiens, n'a 
tucun rapport à ce dont cft queition ; la modicité du revenu des Prcbendes 
de cette Eglife , &c quelques conteftations qui auroient pu arriver dans la def- 
ferte de ce Canonicat , ont fait que le Chapitre de faint Adieu l s'eft acco- 
mode avec celuy de cette Eglife , ce qui ne regarde point les fieurs du Cha- 
pitre , qui font un grand narré à cefujet , plein de faufles fuppoiicions , qui 
ne mentent aucune attention. 

Le dernier exemple que les Défendeurs rapportent , cft tiré des deux Ca- 
nonicats $c Prébendes dont cft quefhon-.ils forment des preuves à leur avan- 
tage des points contcltcz } &c des abus par eux introduits; & fanshefiter, ils 
avancent fauflemenr , Que les deux Prébendes , qu'ils qualifient d'unies, font 
dejfervies , chacune par nn Religieux choift dans ces deux Abbayes par le Chapitre 
de l' Eglife cathédrale. C-ttc taufleté elt manifefte , & jamais ils n'ont fait ce 
prétendu choix. Ces deux Chanoines ont été choifis chacun par le Chapitre 
de l'Abbaye d'où il dépend; il efl vray que les Dcttendcurs ont fouvent dé- 
chire l'extrait de l'Acte de leur élection qu'oi leur a donné au lieu de provi- 
sions pour leur être prcfenté,Sc que par vexation ils onr voulu fai c ch .nter les 
deux Chanoines qui font vent blcment commis par les Chapitres des deux 
Abbayes, mais nullement dellituables à la volonté des fieurs du Chapitre , 
qui par une pure envie contre ces deux premiers Chanoines Piètres de leur 
E.glife , ne les reçoivent point comme les autres , & 1< fquels , au mépris de 
leur caractère , quoique îucceffeurs de G;roîdc &: de Roger , ils font placer 
dans leur Chapitre entre ks deux Chanoines Vicaires après les deux Chanoi- 
nes Soûdiacres , quoique dans le Chœur, dans la Nef, dans les Chapelles 
de ladite Eglife , &: dans toutes les Eglifcs où le Chapitre va en Procerlion , 
au Sermon &: ailleurs, ils foient en pofTelfion d'avoirlerang immédiatement 
après les Dignitcz,quoy qu'ils reçoivent les cendres , aillent adoier la Cioix, 
baifer les Reliques , qu'ils foient encenfez , àc qu'ils baifent le texte immé- 
diatement après les Dignitcz. 

Si donc ils ne nomment pas aux Bénéfices , &c fi le Vicaire de la Parroifle 
dont ils ne dépendent en aucune manière, aadminiilré les Sacremcns au der- 
nier Chanoine d» faint Acheul , decedé hors de ladite Abbaye, c'eft ce qui 
fait la conteftation , cV.cc qui marque le mépris aff.ctc que leur Doyen , qui 
elt Curé de ladite Paroiilc, fait de fes fonctions , par l'acception qu'il fait 
des perfonnes. 

Si les Sieurs Abbez jouificnt du gros defdits deux Canonîcats &: Prében- 
des, c'eft en confequence des concordats partez entr*eux&: les Demandeurs » 
ce qui ne regarde puint lesDeffcndcurs, qui ne rapportent aucun ti re de la 
prétendue fixation des fruits, dent ils difenc que les deux Chanoines joiiif- 
fent fujette à aucun accroiffement ni diminution, qui font toutes p.opofi- 
tions faunes &c fuppofées. Car cetre prétendue partition , à laquelle les par- 
ties n'ont jamais été appellées, diminue tous les jours fuivant le Caprice des 
Officiers du Chapitre i Se lorfquc les Défendeurs pointent les deux Cha- 
noines , &T par leur ufurpation elle ne reçoit aucun accroiiTement , quoique 
leurs Charges augmentent tous les jours par les nouvelles fondations , ce qui 
elt contre tout droit & juftice. 

On ne peut s'imaginer rien de plus faux que ce qu'ajoutent les DefTen- 
deurs i car comme s'ils avoient donné des preuves évidentes de toutes leurs 

G 



*4 

fupftoûtjsfts . ils difent : Tw$ ces ufages fom rfsndez* fur #ne ptjfejjîûn confiante 
& i0mem»¥Î4le de plus de fix fie de a <&• hr/que quelqu'une â»t été <mtt 'fiez., ils 
ûpt toujours été confirmez* par les jugemens qui font intervenus. 

Qwnç s'imaginçroit pas qu'une telle propoficion ne rut fuivie d'une mul- 
titude d'Arrefts rendus en faveur des Défendeurs. Dans leurs écritures ils 
rapportent les Sentences de Bafle comme le fondement de leurs ufages , main- 
tenant ils le vantent d'une poiTeflion de plus de fix fiecles } fut ce pied elle 
feroir, antérieure à la donation faite du Canonicat à l'Abbaye de S. Martin, 
qui ne fut qu'en 1 148. Mais il eil à croire que c'eft par précipitation qu'ils 
ont avancé cette propoficion , dont ils fe corrigent aufli-tot ,en reduifant tous 
CCS prétendus jugemens à trois Sentences du Bailly d'Amiens , l'une de 1103. 
la féconde de i+ji. & la dernière de 157p. toutes trois rendues au fujet de 
l'çleftion du Chanoine de faint Acheul, d'où les Demandeurs concluent que 
les Sieurs du Chapitre n'ont rien à objecter contre toutes leurs autres dcman<- 
4ps , àc que ces trois prétendues Sentences du Bailly d'Amiens ne doivent 
être d'aucune autorité , tant parce qu'elles font formellement contraires aa 
ritre de donation ( qui porte que le Chapitre de faint Acheul choifira un 
ChanPÎne de fou corps, pour deflervir la Prébende qu'il a dans l'Eglife car 
thedrale. En voîcy les propres termes ; Ita ut arbitrio fuo in Prebenda perfonam 
ex fiipfis procurent conftituere, La confirmation de cette donation faite par l'E- 
vêque Geruin en 1.023. fut portée pour être collationnée en Parlement le 4* 
May 1407. $£ pat une cedule en parchemin attachée à ladite coppie , donc 
l'original eft produit au procez, le Parlement déclara qu'il étoie au choix 
des Religieux de S, Acheul, de choifir un d'entre eux pour deflervir la Prc- 
bende qui leur appartenoit dans l'Eglife cathédrale. 

Tous les prétendus jugemens rapportez par les Défendeurs , fe terminent 
au defiftement des Frères Pollallion &: Hsron en datte du 15. Septembre 1687. 
Ce moyen doit être traicté de chicane. Lcfdits deux Chanoines , en confe- 
quence d'une coppie d'Arreft , dont la datte n'écoir pas fidèle , fatiguez de* 
vexations & infulces des Défendeurs, les firent aiîîgner au Parlement fans 
Ja participation des deux Abbayes , qui les confei lièrent de fc defitter de la- 
dite affignacion , ce qu'ils firent , fans renoncer à leurs droits , aufquels ils 
ne. font pas capables de donner aucune atteinte , puifque les deux Canoni- 
cats & Prébendes appartiennent aux Abbayes qui n'ont point entré en con- 
noiflàncc de ces procédures produites au Proccz , ôd amplement réfutées 
dans la Requête de production des Demandeurs du 6. Aouit 16 97. 

Laconclufionde ce fixicme cahier des imprimez des Sieurs du Chapitre 
efl: trçs-captieufe. Tous ces jugemens } difent- il s , font produits auprecez , drfî 
m n'en rapporte pas fur les autres articles repris cy-defius , c'cjl que ces Religieux 
n'en ont jamais contcjlê au chapitre d 'Amiens la p&jfejj>on immémoriale. Par ces 
hardies propoficion s les Défendeurs ne tâchent qu'à engager les Demandeurs 
dans des redites. Pour donc abréger , on leur repond qu'ils n'ont produit que 
des jugemens ou nuls ou étrangers à l'affaire donc il s'agit, qu'une poiTeflion 
auffi nouvelle &c au lu" violente que la leur, n'eft point tme poffeffion legicimc 
qui leur a toujours été concertée , &C dans laquelle de leur aurhoricé ils fe 
font mis , dans le temps qu ils ont tâché de procurer la ruine de ces deux 
Abbayes , pour les mettre hors d'état de leur reflfter. 

XI iemble qu'il ne refte plus qu'une obfervation à faire par les Deman- 
deurs , fur l'affectation avec laquelle les Sieurs du Chapitre fe font étudiez 
dans les exemples qu'i!s ont rapportez , de qualifier les Canonicats citez , de 
Prébendes unies , &: à chaque exemple , de marquer en marge , Vfige : cette 
précaution leur fera inutile , d'autant que les litres des Demandeurs ne font 
jamais mention d'union» mais ils contiennent des donations faites fans ref- 



*7 
tri&if n des droits , & Tans extinction des titres de ces Canonicats & Prebcn-* 

dt 5 : frebexdam perpetua/iter pojjide^dam donamus. 

La remarque qu ils ont fait pour dénoter une continuation d*ufage cft sb- 
furde , ils ont plutôt donné à connoître par cet apoftil affecté qu'ils ignorent 
ce que c'eft qu'un ufage. 

Un ufage pour avoir force d'ufage ne doit point être contraire à la !oy } Se 
doit être communément reçu de tout le monde. Ces deux conditions ne fe 
trouvent point dans les ufages que les DcfFendeurs pofent pour principe de 
leur ufurpation : cela fe prouve aifcment , fi on conlidere dans l'affaire pre 
Tente ce qui fait le fujet du procez , qui font les droits ufurpez fur les Cano- 
nicats & Prébendes, & l'înfulte du Sieur Doyen & confors, qui ont déter- 
miné les Demandeurs à l'entreprendre. 

Il eft évident que l'infulte du Doyen eft contre le droit naturel 8Ê divin » 
Se contre toutes les loix qui deffendent de caufer aucun fcandalc dans l'E w 
glife , qui deffendent d'infulter perfonne , fur tout un Piètre revêtu de fur- 
plis, & qui enfin dépendent de le rendre jutticc à foy- même, quelque bonflfc 
que (bit fa caufe , qui certainement ne vaut rien pour le fieur Doyen , qui à 
voulu interrompre une pofleffion $c un ufage de fix cens ans , confirmé pat 
les jugemens de 161U Son attentat eft auffi contraire aux ufages & ftatuts de 
fon EgKfe, qui veulent que tous les membres du Chapitre atlirtent aux Sy- 
node*. $i preuve en eft claire, &; fc tire de l'ordinaire même de ladite Eg'iffe 
carhedrale , qui eit de parchemin , relié in folio , enchaîne , &c expofé dans 
le Chœur de ladite Eglife , &c dans lequel numéro 355. verfo folio 1 eft ce ti- 
tre en lettres rouges : De Sinodo tenenda per duos d'ies , Jt pet unum diem , ojjt- 
a um fit ut in régulas fequentes continetur. Numéro 336. recto, eft ce litre en ler- 
tres rcviges : De fecttndi die Sinodi. Et verfo folio en la première ligne de la 
page: Deinde leguntur prteepu jïnodalïz & décrétâtes , poflea legit precentor } t'àl 
ad us loco et us or dinar ium fer vit li Ecctejix , quo le Ho Ep'fcopus facït predïcationem. 
La lecture des Décrets û'nodaux & de l'ordinaire de l'Eglile , qui fe doit faire 
par le Prechantre , eft une preuve évidente, que non feulement les deux; 
Chanoines , mais que les Dignit z & autres qui ne font point capitulant , 
doivent affilier aux Synodes , bc que ce n'eft que p^r abus , &: que par oubly 
de leurs ftatuts , que les fieurs Doyen & Chanoines d Amiens veulent abolir 
ces faints ufages, marquez dans leur ordinaire, pour avoir toute liberté d'en 
fubftituer à leur fantaiGe j ainfi l'uf.ige communément reçu dans l'Egtife 
d'Amiens eft, que tout le monde affilie au Sinode, pour entend ie la lecture 
des ltaturs ; &c par confequent les [Demandeurs , qui font de l'Eglifc , eft 
quelle qualité qu'on les confidere , a voient droit d'y affilier conformément 
à cet ufage. 

Il n'eft pas plus avantageux aux fieurs dn Chapitre, de cirer Pufige pour 
autorifer les ufurpations des droits des deux Prébendes en queftion, puifque 
les Demandeurs forment des demandes conformes aux 'oix , &c tequierent 
les droits dont les predecefleurs , Gerolde & Roger , joiiHoientj s'ils étoienr 
au monde , 6C dont les autres Chanoines joùifVent communément; car en ef- 
fet ,n'eft-il pas contre l'ufage , que les Chanoines d'un même Chapitre foient 
inégaux , 5c de priver un Chanoine des retibutions qu'il gagne par fonafïîf- 
tance aux Obits & autres Offices fondez , n*cil-il pas contre l'ufage, de faire 
mettre dans les dernières places au Chapitre deux Chanoines , qui d^fts le 
Chœur , &: par tout dans l'Eglifc, occupent la première place de chaque co- 
té ; n"eft-il pas contre l'ufage , & même contre le bon fens , de vouloir faire 
chanter à leur réception p r vexation, &T par manière d'épreuve , deux Cha* 
noines, qui pour l'ordinaire fçavent mieux leur chant que tout le refte d~s 
Chanoines qui s'érigent en Juges dans le ehant , que les ttois quarts d'entre 
eux ignorent entièrement. 






On cii peut dire dc'même de tous les autres abus que les fieurs du Chapitre 
qualifient d'ufages, &: dont quelques-uns font ii hkeroclites , que non- feu- 
lement ils font contraires aux ufages communément reçus, mais auiïï con- 
traires aux ufages de l'Eglife upivenellej &: pour preuve de ce qu'on avance 
pour abréger , on rapportera un feul de ces prétendus ufages qui donnera une 
idée des autres. 

. C'efi un ufage prefque auffi ancien que l'Eglife > de Tonner les cloches à la 
mort des fidels , & cet ufage cil fi raifonnable , &: fi bien établi , que dans 
l'Eglife cathédrale de Paris , dans celle de Beauvais , &; dans toutes les autres 
du Royaume ,&c peut être de la Chrétienté , il y a des fonneries diftinguées 
pour les Enfansde Chœur, pour les Chantres Vicaires , pour les Chapelains , 
pour les Chanoines, & même pour les ferviteurs de l'Eglife , lors qu'ils font 
decedez; les Chanoines d'Amiens , gens de difhnftion , 8c Auteurs d'ufages 
irreguliers , ont aboli cet ufage univerfel s &c quoy qu'il y ait au moins 1 8. clo- 
ches dans les trois clochers de leur Eglife , elles ne font fonnées que pour eux, 
tous les autres Officiers ,Prêtres,ou non Ptêtres, Chapelains , paroi(ficns,quoi- 
que fou vent plus qualifiez , &c de meilleur famille que les Chanoines , font 
enterrez incognito > & pendant leur fer vice &c enterrement on impofe un filence 
exacte à toutes les cloches de l'Eglife > qui écourdiffent tout le monde , lors 
qu'arrive le decez d'un Chanoine , qui fouvent n'eftpasde haute extraction , 
mais fon Canonicat luy tient lieu de tout mérite , comme la tegulanté*jque pro- 
feflent les Demandeurs cft un rnotif_plus queïurfifant d'excïufion des biens 
& des honneurs de l'Eglife. Cet échantillon des ufages des fieurs du Chapi- 
tre fera juger des aurres; & comme leur prétendue poueffion cft appuyée fur 
leurs ufages, il eft aifé d'en voir la nullité. 

Cependant fondez fur de fi foibles moyens, les Défendeurs prétendent faire 
la loyàtous ceux même d'entre les Chanoines leurs confrères, dont il y atoù- 
jouts nombre d'honnêtes gens, qui ne veulent pas fe foûmettre à ces abus, 
qui tâchent de rétablir les véritables ufages de leur Eglife, $c qui pour cet 
effet en requièrent les ftatuts, plufieurs mêmes d'entr'eux ont encouru la dif- 
grace du fieur Doyen Se de fes adherans } pour avoir blâmé leur conduite Se 
leur violence à l'égard des Demandeurs, le fleur Prechantre entr'autres s'efl 
attiré leur indignation , pour les avoir voulu empêcher d'innover , & pour 
.avoir voulu conferver les anciens ufages de leur Eglife j le fieur Graulr Cha- 
noine Theobaldien , pour avoir demande les ftatuts du Chapitre que lors de 
fa réception, comme les autres Chanoines , étant à deux genoux il a fait fer- 
ment d'obferver , &pour avoir prié le fieur Doyen de faire cefler lavexarion 
qu'on exerçoit contre luy, en privant fa Prébende d'une partie de fes droits, 
a fubi un pareil fort ; & comme les conteftations qu\int le fieur Prechantre 
.& le fieur Grault, ont quelque rapport avec l'affaire des Demandeurs , les 
fieurs Défendeurs prudens en procez, pour les empêcher de fortifier leur 
droit , ont décliné les affignations de ces deux Chanoines -, & comme le pro- 
cez qu'ils ont avec les Demandeurs eft pardevant M. le Bailly de Beauvais, 
ils ont évoqué le fieur Prechantre aux Requêtes de l'Hôtel, &c le fieur Grault 
aux Requêtes du Palais , en traittant ces deux Meilleurs de perturbateurs qui 
veulent interrompre la poueffion& les ufages du Chapitre , Se peut-être dans 
la fuite auront- ils recours au Concile de Biflc , pour s'en fervîr contre eux , 
comme ils font contre les Demandeurs, puis qu'ils aurontautant de droit de 
produire contre eux les Sentences qu'ils attribuent à ce Concile, qu'ils en ont 
de les produire contre l'Abbaye de S. Acheul , qui n'eft pas une feule fois 
nommée dans lcfdites Sentences. 

M on fie ar k Lie menant General, Rapporteur.